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Pau et son frère
avec Marc Recha, Olivier Gourmet, Eduardo Noriega, Mireille Perrier
Arte Vidéo 2004 /  30  € - 196.5 ffr.
Durée film 240 mn.
Classification : Tous publics

Le DVD comprend aussi le film Les mains vides du même réalisateur.
Pau et son frère, Sélection officielle, Festival de Cannes 2001.
Les mains vides, Sélection officielle, Festival de Cannes 2001

Sortie Cinéma : 2001

Version : DVD 9 / Zone 2
Format vidéo : 16/9 compatible 4/3
Format image : 1 : 85
Format audio : Français. Dolby Digital. 5.1 (Les Mains vides) et 2.0 (Pau et son frère)

DVD Bonus :
Filmographies
Bandes-annonces des deux films
Interview du réalisateur

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Pau et son frère

Pau quitte un matin la présence nue d’une femme. Des gestes quotidiens, un coup de téléphone de l’hopital, un corps identifié à la morgue et c’est un frère, Alex, absent depuis longtemps, que l’on retrouve. La caméra est proche, mobile, elle capte la douleur rentrée. Le montage, fragile, elliptique, montre les gestes simples d’un deuil qui commence, comme ces mots échangés avec un pêcheur, ancien patron du frère, comme ce temps de l’incinération, dernière proximité des corps. Seule reste maintenant une boîte et quelques cendres.

Avec sa mère, Pau décide de partir pour le petit village des Pyrénées où vivait Alex. C’est un voyage silencieux. Glissements de paysages. Fondus enchaînés. Maisons de pierres. Présence de la montagne. Pau et Mercé marchent lentement, traversent la simplicité d’un lieu, découvrent la trace d’une vie, celle d’Alex, ses amours, ses amis. Une jeune femme, Marta, débarque de Toulouse pour retrouver Emili, un ami d’Alex. « Tu ressembles à ta mère. » dit-il simplement, ému, à celle qu’il n’a pas vue depuis longtemps. Emili annonce à Sara, une jeune espagnole, la mort d’Alex. Là-haut, dans les grandes herbes vertes, dans la lumière du soir sur la montagne, une silhouette à l’habit rouge, regarde, lointaine, irréelle, cette communauté de solitaires.

Se croiser au coin d’un chemin, ouvrir la fenêtre et laisser passer la lumière du dehors, manger une tranche de pain allongé sur le lit, trouver dans la chambre une photo sépia d’un indien, partager un verre de vin ou un éclat de rire, jouer comme des gamins à se courir après, regarder une couverture en laine multicolore, laisser aller des frémissements amoureux, être-là pour des liens secrets, des amitiés… Dans ces rencontres, chacun trouve un nouvel itinéraire à emprunter. C’est un film d’une profondeur simple.

Eustache, Garrel, Cassavetes… Rocha revendique, dans l’interview qui accompagne les deux films, une façon d’être complexe face au réel, une conception d’un travail collectif, d’une confusion intime entre le tournage et le réel, pour saisir les hésitations, les mélancolies passagères, les inspirations, les souffles inquiets, les gestes simples de la vie, ici, dans un travail de deuil partagé.

Oui, la beauté du film est dans ses glissements elliptiques, ses frottements d’impressions, sa géographie intimiste, sa circulation discrète d’affects, ses liens d’amitiés. On s’échappe ici de la représentation d’une histoire, pour trouver l’espace propre du cinéma, une écriture sensible placée dans l’entre-deux du monde et de l’intériorité. Comme la densité de deux raccords regard : Sara fixant une salle vide de restaurant, Emili fixant la masse de racines enchevêtrées. Comme l’hésitation du réel dans ses plans où apparaît la figure spectrale d’Alex, debout dans la montage inquiète.

Les mains vides

C’est un lieu discret, une petite gare de pays, entre l’Espagne et la France. La brise secoue les feuilles. Dans le vert des vignes, une vieille, Madame Catherine, retire sa prothèse de bras et gratte le sol avec. Madame Catherine a un magot, mais nous ne le savons pas encore ! Elle aime bien rire aux éclats, Madame Catherine. Elle a aussi un perroquet. Des trains qui passent, des voix ferrées, une grande place devant un restaurant, c’est un village.

Un voyageur de passage, un jeune homme, séduisant barbu, Gérard (Eduardo Noriega) descend d’un train et trouve du travail chez Eric (Olivier Gourmet). Comme dans Pau et son frère, l’écriture cinématographique de Recha est elliptique, proche des êtres, vivante, inquiète. Les plans, filmés à l’épaule, se frottent les uns aux autres, construisent un puzzle sans cesse en manque d’un morceau de réel à venir. Souvent, des plans séquence installent une durée, laissant le temps aux corps d’imprégner l’espace. Le chant de Dominique A traverse le film, comme un écho, une caresse doucement sensuelle et triste. « Si nous nous croisons en enfer, espérons que nous l’ayons mérité. ». Pour Recha, Dominique A est un frère de musique, un frère d’errance, de petites solitudes sur le chemin des hommes.

Un secret apparaît, une boîte remplie de lettres, une trace d’absence... Donc, dans ce village, il y a Madame Catherine, Eric, un perroquet, un voyageur de passage. Mais on croise aussi un cafetier, un gendarme, une factrice, une contrôleuse (Mireille Perrier), un couple d’amoureux qui se dispute, un jeune ex-délinquant (Jérémie Lippann). Dans ce village, on laisse aller la vie, on laisse aller le temps, pour boire un coup ensemble, rire aux éclats, conduire la camionnette bleue, recoller la patte cassée du dromadaire de la crèche, courir après le perroquet, dessiner un graffiti sur le mur de la gare… Recha dessine dans ce lieu une géographie de l’intime et des petits dérèglements du monde, un presque rien tragicomique, dans un temps burlesque dilaté. Car la vieille à force de rire risque sa vie !

Le romanesque s’est absenté du film et la vieille est tombée avec sa fourrure de renard sur le dos. « Madame Catherine, dites, c’est une farce ? ». Que faire de ce corps dont la vie avec facétie semble s’être sauvée ? Que faire de son magot ? Ce corps burlesque encombre littéralement les vivants. On le planque, on le déplace, il disparaît, on le retrouve. Dans un subtil jeu de construction scénaristique, cela devient comme une propagation burlesque. Un personnage se retrouve lié à ce corps encombrant, puis deux, puis trois, puis quatre, puis cinq. Tous, ils se retrouvent dans cette ronde tragicomique.

C’est un repas de Noël. Tout le monde est là ? Oui. Alors buvons, dansons sous la pluie. Mais où est Madame Catherine ?


Benoît Pupier
( Mis en ligne le 04/10/2004 )
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