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Littératureet Romans & Nouvelles  

L'Homme qui ne savait pas dire non
de Serge Joncour
Flammarion 2009 /  19 €- 124.45  ffr. / 296 pages
ISBN : 978-2-08-120093-7
FORMAT : 13,5cm x 21cm

Oui, mais...

Il est salubre, ce roman. Sous la forme d'une fable, Serge Joncour nous propose l'itinéraire d'un homo modernus terriblement emblématique. Car la maladie qui frappe notre anti-héros est endémique et nous concerne tous : incapable de dire «non», Beaujour sert de reflet à nos sociétés, plus consentantes que positives.

Nous suivons donc l'itinéraire sans choix multiples de cet être maudit, d'ailleurs sondeur de son état, et apprécié pour son travail. Privé du Non, il ne peut l'utiliser dans ses enquêtes, servant ainsi employeur et pouvoirs d'une autoroute de la pensée unique. Pour cela, on l'adore, qu'il s'agisse du chef, cadre sup bien entrepreneurialisé, ou de la gentille collègue avec qui pourrait naître une idylle (idylle qui aura d'ailleurs le dernier mot...). Mais cet handicap est réel, de sorte que Beaujour cherche le chemin d'une guérison, assistant à des thérapies de groupes lui imposant de lister 1000 mots, et débusquer, au hasard de l'embardée sémantique, le Non si convoité, ou alors de sonder les tréfonds de l'enfance, jusqu'au dernier «non» alors prononcé... Mais rien n'y fait, la négation résiste.

Serge Joncour entrelarde cette histoire d'un récit témoignage (des «Broderies», nous dit l'auteur ; le mot est joli), plus profond, un aparté désignant les ravages de la société du oui, monstre né sous les Trente Glorieuses et dont l'adolescence s'est déployée en pleine crise : «... l'amiante était heureux et la dioxine inconnue, les fumées de tabac donnaient une odeur qu'on ne détestait pas, môme on respirait les odeurs d'essence comme un éther prometteur, le progrès ne nous voulait aucun mal, loin de nous l'idée de le refuser, et parmi toutes ces merveilles qu'on allait voir en famille au Salon de l'auto et des arts ménagers, il ne serait venu à personne l'idée de dire non à quoi que ce soit» (p.159). Autre «broderie» : «... l'an 2000 s'offrait comme le panorama d'un gigantesque oui, un oui total et définitif où plus rien ne se refuserait, tout serait possible, le bonheur coulerait de source (…), vue de loin la terre serait ronde comme un grand oui...» Oui, mais... «Et puis le prix du pétrole s'est mis à flamber, comme un gâteau d'anniversaire qui prendrait feu» (pp.240-241).

L'effet de miroir est saisissant, le propos ici sérieux donnant toute sa profondeur à la bataille de notre Don Quichotte du Non. Un véritable héros, en somme...

Thomas Roman
( Mis en ligne le 02/10/2009 )
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