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Littératureet Romans & Nouvelles  

Le Coeur seul demeure - Nouvelles
de Jean-Pierre Milovanoff
Grasset 2018 /  17 €- 111.35  ffr. / 169 pages
ISBN : 978-2-246-86221-5
FORMAT : 13,0 cm × 20,5 cm

Réflexions sur la vie

Le Nîmois Jean-Pierre Milovanoff est l'auteur d'une œuvre riche, récits aux touches personnelles et détails autobiographiques qui le rendent au lecteur comme familier. Après Le Mariage de Pavel et l’histoire de son père qui avait fui seul et à quinze ans l’Ukraine et la Révolution en 1917, ces neuf nouvelles se rassemblent sous l'ombre de la mort.

Elles aussi répètent un écho autobiographique. Il y a d'abord cet enfant dans l'hiver, malade et dorloté par sa grand-mère, qui aperçoit derrière la fenêtre un inconnu en uniforme... Il sort et offre des vêtements de son père défunt à ce déserteur portugais de la légion étrangère, qui veut rentrer chez lui dans l’anonymat ; un fuyard, comme le père de l’auteur qui avait bénéficié de nombreuses aides dans son périple à travers l’Europe.

Le musicien Robert Schumann, malgré tout l’amour de Clara, devient angoissé à l’idée de ne plus pouvoir créer, désespéré de ne pas atteindre le niveau de Bach. «Si la mort circulait librement dans la maison et s’il ne savait plus composer ?» Si le piano restait fermé à jamais ? Dans «Apprendre à fuir», Pavel, courageux résistant ayant atterri avec ses diplômes d’ingénieur dans les Cévennes, aide l'Allemand Hermann à fuir vers Marseille et embarquer pour Sao Paulo.

«Le Tailleur de Paris» est une longue fable dans laquelle un jeune Russe juif du nom de Moïsevitch (comme le grand-père de l’auteur), un génie de la couture, vit dans un modeste atelier parisien puis connaît une carrière triomphale... Mais le bonheur est parfois trompeur. Dans «Le Représentant en Bourgogne», un homme offre une soirée festive à des étudiants sans le sou, le vin permettant de repousser la solitude et la nuit... «L’Escorte» offre le portrait d'un ami de l’auteur, qui mène une vie si routinière qu’elle le mène aux hallucinations et une psychose sévère. La dernière nouvelle, «Pas de pain aux chevaux», reprend le texte de Pavel, un amour d’été dans une grande bastide du Midi, le bel âge de l’enfance et de l’insouciance. La beauté de la nature et la protection des grands le rendent heureux. «Sensation miraculeuse d’être libéré de la discipline et de replonger dans une ignorance plus rafraîchissante que le savoir».

Au final, une leçon de vie sur la vanité de nos destinées, quand rien n’est logique, les rencontres, les coups du sort, le hasard, la maladie parfois. Jean-Pierre Milovanoff a tiré de l'épopée paternelle, qui a imprégné son enfance, une philosophie qu'il partage ici. A lire absolument. Une œuvre prenante, à l’écriture sobre et imagée.

Eliane Mazerm
( Mis en ligne le 15/06/2018 )
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