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Littératureet Romans & Nouvelles  

Le Complexe d'Hoffman
de Colas Gutman
L'Olivier 2018 /  17 €- 111.35  ffr. / 224 pages
ISBN : 978-2-8236-1363-6
FORMAT : 14,1 cm × 20,6 cm

Alsaciens ou Juifs ?

Colas Gutman publie un roman saisissant, une fable pour adultes, racontée par des enfants. Simon et Delphine Hoffmann ont une vie hors du commun. Ils fréquentent une école Frenet expérimentale, libres comme l’air. Leur papa Jacques, très sérieux professeur de français, habite à deux-cents mètres de leur appartement avec sa maîtresse Maryvonne.

Leur maman Catherine est malade, elle est suicidaire, fragile, elle est ''prostipute'' selon Simon, c’est-a-dire qu’elle reçoit les hommes sur un divan pour discuter dans sa chambre-bureau. Il ne faut jamais la contrarier. Le narrateur est Lakdar, petit arabe de banlieue, camarade de classe de Simon, et une vision de la vie très spéciale. La «grammaire» Jackie se dit Alsacienne bien qu’elle soit née dans un schtetl... pour ne pas dire que Rosenbaum est juif. Quand deux élèves, Mylène et Sébastien, Français de souche et enfants d’un extrémiste de droite, édictent des lois raciales contre les Alsaciens, comme les lois anti-juives durant l’occupation. «Mais le petit Hoffman après ça, il crie muet, avec les mains sur les oreilles comme nous a montré le tableau de notre maître qu’il en a fait pleurer deux avec Simon, il est un vrai Munch, il hurle et personne ne l’entend».

Le texte énumère des mots farfelus. On comprend que toute la famille de Simon est juive et non Alsacienne comme le prétend «la petite grammaire». L’école a ses combats, et l’apprentissage offre la réplique de la vraie vie pendant la guerre, avec même «Hiteler».

Évidemment, comme toute juive qui se respecte, et un niveau de vie un peu élevé, Catherine, la maman se pique de psychanalyse, employant un vocabulaire compliqué pour les enfants qui ne comprennent rien, sauf qu’elle avale vraiment trop de médicaments et qu’elle s’évanouit un peu trop souvent, surtout quand elle devient enceinte de son nouvel amant Grand-Marnier.

Le portrait de Simon par Lakdar est irrésistible ; ils viennent de deux mondes opposés mais ils s’entendent à merveille. Lakdar a conscience que Simon est le symbole de la victime juive et qu’il porte toute la malédiction du monde sur ses frêles épaules. Simon se console en écrivant un roman déjanté sur un homme qui vivrait jusqu’à quatre vingt-trois ans, composant en parallèle de la narration centrale les épisodes de son récit, abominable fantasme de ses émotions, bien sanguinolent et très gore, dans lequel il peut se défouler de ses brimades quotidiennes, véritable exutoire à toutes ses souffrances. Il aimerait tant être comme les autres.

Le Complexe d’Hoffman est ainsi une variation sur la psychanalyse qui a trait au feu et à l’alcool.

Eliane Mazerm
( Mis en ligne le 12/09/2018 )
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