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Littératureet Romans & Nouvelles  

La Vie lente
de Abdellah Taïa
Seuil - Cadre rouge 2019 /  18 €- 117.9  ffr. / 266 pages
ISBN : 978-2-02-142183-5
FORMAT : 14,0 cm × 20,6 cm

Le Miel et les Larmes

Toute fiction est folie, et l'autofiction, l'exposition d'un moi fou. Adbellah Taïa dit cela : cette folie intérieure fouettée par la vie, les hommes, et l'encre.

Mounir, c'est un peu Abdellah, un ''pédé'' marocain débarqué à Paris pour faire l'écrivain, et qui se heurte à l'enfer des Autres : la voisine du dessus, Madame Marty, rue de Turenne, bravasse bidochonne qui le rend fou à faire tant de boucan de l'autre côté du plafond ; le flic Antoine, aimé entre Nanterre et le Louvre, l'amant qui devient l'interrogateur d'un Mounir pointé ''barbu'' du doigt. Marocain, fou, la parole impulsive contre des voisins dont on souhaite la mort pour dire qu'on souhaite dormir. Égale : terroriste. Le roman se finit ici, dans l'impasse de l'histoire et de la géographie, le CQFD de Huttington (le con...), l'inévitable choc des civilisations : tarte à la crème grosse en sucre, comme nous en mangeons tous, sans faim mais insatiables.

Alors, finalement, ce sont nous les fous, les dindons de la farce, une farce humaine grasse et coagulée. Un marocain qui va à Bruxelles pour écouter sa cousine et ses drames, l'aider peut-être, c'est une cellule qui dort, pour pourrir l'Occident. Facile. Pendant ce temps, Mounir, perdu mais lucide, dit les gens, les choses, Rubik's cube insoluble : trop de couleurs. Et trop de bruit. Mme Marty, c'est carrément la France : sympa et rustre, brillante, absconse, lourde, entourée de cimetières, d'indigestes passés (une femme tondue passe dans le récit, spectrale...).

Mounir, lui, rêve de l'homme de Salé, qui, dans un bus, se frottait à lui. Son premier amoureux alors qu'il était encore presque enfant ; et d'un soap opera égyptien au titre indépassable : Le Miel et les Larmes. Et Mounir aime sans doute à penser que la France, aujourd'hui, c'est La Clé du Paradis, cette boulangerie au coeur de la cité Pablo Picasso, à Nanterre, tenue par des femmes de toutes les couleurs : "Maghrébines. Egyptiennes. Françaises de souche. Et leur cheffe était une noire''.

Un excellent moment de littérature.

Thomas Roman
( Mis en ligne le 08/04/2019 )
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