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Littératureet Romans & Nouvelles  

Terre brûlée
de Paula Vézac
Rouergue - La Brune 2020 /  18,80 €- 123.14  ffr. / 200 pages
ISBN : 978-2-8126-1926-7
FORMAT : 14,0 cm × 20,5 cm

Un long cri d’amour

Paula, auteure et narratrice, reçoit un coup de fil : sa mère de 61 ans, sous curatelle, est morte dans l’incendie de son appartement. Quelles peuvent être les causes du drame ? Une cigarette mal éteinte dans le lit, l’intoxication ou l’étouffement ? Paula pense au suicide. Sa mère avait même souscrit un contrat obsèques en 2012 : «ni recueillement, ni cérémonie». Elle voulait disparaître totalement, sans laisser de trace, avec le peu d’amour qu’elle avait reçu dans sa pauvre vie. Elle ne manquerait à personne.

Sa fille prend violemment conscience de cet amour maternel qu’elle a méprisé, ignoré, refoulé sous des alibis spécieux ; elle est en état de sidération, ne réalise pas la violence de cette mort inutile et ne peut entamer son deuil. En lisant la masse de documents ayant échappé à l’incendie ainsi que des photos (reproduites dans le livre), Paula entame une sorte de thérapie ; elle découvre les preuves de la solitude face à son ingratitude. Même si l’amour maternel était maladroit il était sincère.

L’autopsie ne révèle aucun élément indiquant le suicide, aucune trace de substance chimique... Elle est morte naturellement, juste avant d’être placée en maison de retraite. «Il fallait que j’accepte la part du mystère dans sa mort et que j’arrête de me torturer : c’était fini maintenant». Deux mois après le décès, Paula a entamé son deuil et débute son enquête familiale. La vie de sa mère a été difficile depuis l'enfance. Et ce n’est pas le père de Paula qui a adouci son existence... Après un grave accident de la circulation, la mère disparaît et Paula vit sa jeunesse avec son père. Elle n’a aucun repère positif venant de cette mère qu’elle voit parfois au gré des squats ; elle se réfugie dans la littérature et l’imaginaire pour échapper à ses cauchemars, habitée par une sensation permanente d’insécurité et de menace.

Avec les documents médicaux, Paula réalise toute la souffrance endurée, seule, par sa mère. «Cette photographie que j’avais dû juger réussie pour l’avoir conservée, révélait tout l’arbitraire et la partialité de ma mémoire et se muait en une insupportable accusation». La naissance de la fille de Paula est une révélation, elle est enfin responsable et ne veut pas reproduire les erreurs maternelles dans sa nouvelle vie.

L’écriture est subtile, humaine et transmet des émotions fortes. Un très beau témoignage qui fait penser au récit récemment proposé par Clémentine Autain (Dites-lui que je l’aime). La résilience finit souvent par atténuer la douleur...

Eliane Mazerm
( Mis en ligne le 22/01/2020 )
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