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Littératureet Romans & Nouvelles  

Du rififi au Camboudin
de Maude Mihami
Nil 2020 /  19,50 €- 127.73  ffr. / 237 pages
ISBN : 978-2-37891-064-8
FORMAT : 13,1 cm × 20,5 cm

Un verre de Trouspignôle

Après Les 10 vœux d’Alfréd (2018) et Les Amours d’Alfréd (2019), Maud Mihami, au grand regret de ses nombreux fans, clôt sa trilogie avec Du rififi au Gamboudin. Dans ce petit village breton des années 70, des personnages truculents vivotent, comme Alfréd, 10 ans, son grand-père Alfred, septuagénaire alerte, et sa mère Agnès qui n’a pas eu beaucoup de chance dans la vie et se console avec la bouteille...

Le docteur Le Gall, souvent au bord du coma éthylique, cède sa clientèle qu’il ne supporte plus et fuit ce patelin miteux pour la côte d’Azur et ses ciels plus bleus. Le Docteur Désiré Diallo récupère la-dite clientèle. Cet homme noir et très grand, habillé comme à la ville avec une cravate, s’installe dans un vieux manoir trop imposant pour lui mais il a espoir de fonder une famille. Le seul inconvénient est la chèvre du voisin, animal en chaleur qui bêle toutes les nuits en attendant son bouc. Il y a bien Bobby mais il est indifférent et ne veut pas d’elle.

Les villageois sont méfiants envers ceux qui, comme le docteur, ont une cravate et viennent de la ville. «Y en a qui se croivent supérieurs parce qu’y viennent de la ville, mais y s’trompent. C’est jusque qu’y connaissent pas comment qu’on est en vrai, Si y savaient y feraient moins les malins». Tel est le sentiment général de la population et Désiré devra faire ses preuves pour se faire accepter, non comme médecin mais comme buveur de trouspignôle, ce qui est plus difficile ; tel est le passage obligé pour intégrer la communauté. Il faut passer au moins une fois par jour au bistrot, point névralgique de rassemblement pour une solidarité sans faille du vivre ensemble.

Dans ce troisième volet, Désiré apporte un regard extérieur divertissant en devenant un membre important par son statut et sa gentillesse sans se formaliser de la façon un peu rustre de vivre au Gamboudin. Il est question de tolérance, d’intégration et de tendresse, même avec le retour de Rémi, le père absent d’Alfréd, qui s’était débiné à sa naissance ; tout un parcours d’apprentissage de la vie pour le garçonnet, avec ses joies, ses espoirs et son attachement à Désiré qui le comprend. Ce microcosme à la vie plus que modeste se débrouille comme il peut, le cœur sur la main.

Cela donne un récit pétillant, émouvant, et plein de vie. L’écriture est savoureuse, jamais vulgaire. «Son vénérable papi était à moitié sourd mais son oreille valide était toujours prête à recueillir les maux de son p’tit garçon. Alfréd aimait les paroles réconfortantes emplies de silences du vieux et ce regard aimant qu’il posait sur lui à la dérobée». Un roman de vacances, d’amour et de tendresse, qui fait du bien.

Eliane Mazerm
( Mis en ligne le 24/07/2020 )
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