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Littératureet Romans & Nouvelles  

Le Dit du mistral
de Olivier Mak-Bouchard
Le Tripode 2020 /  19 €- 124.45  ffr. / 348 pages
ISBN : 978-2-37055-239-6
FORMAT : 15,0 cm × 20,0 cm

Un Mistral... gagnant

Non, la Provence n’est pas l’apanage des people, des belles villas et des snobs germanopratins qui s’y encanaillent l’été. Ils ne connaîtront jamais la vraie Provence profonde, ancienne, sauvage, décrite dans ce premier roman particulièrement réussi, entre Apt et Fontaine-du Vaucluse, au pied du Mont Ventoux, le cauchemar des coureurs cyclistes. La Provence est dominée par le maître de la nature et des hommes, le vent mistral qui d’après la légende souffle durant un, trois, six ou neuf jours. C’est une merveilleuse histoire où chaque chapitre commence par une citation en dialecte ou une phrase de Giono, Bosco ou Daudet, un conte de fées parti d’un état des lieux, hymne à la vie et à la nature, éloge du calcaire qui reflète le soleil. C’est l’éloge de la lenteur, de la sagesse populaire, de la simplicité de la vie où les montagnes, les vents, les sources, la mystique de la terre sont vus comme une forme de savoir profond.

Après un violent orage d’été nocturne, le narrateur, professeur blasé dans un collège, entend son voisin, Monsieur Sécaillat, paysan bourru et secret, taper à sa porte. Il veut lui montrer leur champ mitoyen. Emporté par la pluie, un pan entier du muret s’est effondré ; au milieu des éboulis, surgissent par endroits de mystérieux éclats de poterie. «C’est à ce moment précis que tout a commencé (…). Un long bout de terre cuite vert olive sortait d’une motte. Raclant la terre mouillée avec mes ongles, je me demandais ce que cela pouvait être : un bout d’amphore, de lampe à huile».

Les deux hommes se prennent de passion pour ce mystère et commencent des fouilles archéologiques qui vont bouleverser leur vie et les mener jusqu’aux origines de la région. La femme-calcaire, avec sa source qui sort de la bouche, a des vertus médicinales. En même temps, naît une amitié indéfectible entre les deux hommes, habités par le même but : savoir.

Le roman évoque les légendes, les patrimoines culturel et historique du Luberon, avec une simplicité limpide qui fascine et fait dériver le récit peu à peu vers un univers onirique, mêlant personnages réels et légendaires. Le narrateur fait du Luberon son omphalos, lui vouant toute sa passion, un univers peuplé d’une femme-calcaire, du Maître-vent, du dieu celte Vintour. L’auteur, à mi-récit, nous avertit : «A ce stade de l’histoire, le lecteur peut décider de s’arrêter, il aura alors lu un joli conte de Noël provençal, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Mais s’il choisit de continuer sa lecture, il faut le mettre en garde, il doit se rappeler que les légendes sont racontées pour expliquer l’incompréhensible, elles ont toutes un fond de vérité».

Mais comment quitter ce texte chantant rythmé par un usage bien dosé du provençal et les citations des auteurs issus de cette tradition ? Le lecteur aura l’impression d’entendre le vent lui conter l’histoire du Mont Ventoux, d'Hannibal et ses éléphants, de la Combe de Lourmarin ou des crues du Cavalon. Grâce à Olivier Mak-Bouchard, on aimerait chercher la grotte de la Cabro d’or et son trésor, dans une ambiance à la Giono.

Eliane Mazerm
( Mis en ligne le 14/09/2020 )
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