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Littératureet Romans & Nouvelles  

Tant qu’il reste des îles
de Martin Dumont
Les Avrils 2021 /  18 €- 117.9  ffr. / 240 pages
FORMAT : 13,5 cm × 20,0 cm

Île isolée ?

Architecte naval à Paris, Martin Dumont (né en 1988) est un passionné de Bretagne. Tant qu’il reste des îles est son second ouvrage après Le Chien de Schrödinger (2018).

Léni, le narrateur, homme jeune, travaille au petit chantier naval de Marcel, sur une île non nommée. Le chantier bat de l’aile, Marcel est vieillissant, seul, veuf, brouillé avec son fils unique. Léni est en quelque sorte pour lui un fils adoptif, d’autant que Léni n’a pas de père, élevé par sa mère atteinte lors du récit par les malheurs du très grand âge. Les commandes se font rares, et Marcel peine à payer régulièrement ses employés, Léni, Karim et Yann. Le chantier est trop petit pour faire face à la concurrence du continent. L’île tout entière végète, vivant - hors la saison estivale - des activités de pêcheurs traditionnels. Sur ce monde en voie de disparition, pèse la menace du pont qui va être bientôt construit et transformer l’île en presqu’île. «Ce pont, c’est la mort de la poésie», dit l'un des personnages.

Chacun sait que lorsque le pont sera construit plus rien ne sera pareil… Partisans de la modernité et de la nostalgie du passé s’affrontent. Entre les deux, Léni est partagé, il ne s’engage pas véritablement, lui qui traverse régulièrement avec le ferry pour rencontrer sa fille Agathe, 4 ans, élevée par sa mère Maëlys. Sur le continent, ses visites sont également consacrées à sa mère perdue sur un lit de long séjour en hôpital. Léni, habité par des sentiments contradictoires qu’il tait le plus souvent, habité par une colère impuissante ; Léni qui, à sa façon, est lui aussi une île, isolé de tous, en dépit des apparences, et qui ne sait pas très bien s’il a ou non envie d’être relié au continent des autres.

L’action se passe dans les derniers moments d’isolement de l’île alors que les ouvriers commencent la construction. La guerre est alors ouverte entre les pêcheurs et les ouvriers. Hors du pont, la vie se poursuit, autour des soirées au café du village tenu par Christine au grand coeur, joueuse d’accordéon, qui apaise les coeurs et les esprits. Des parties de cartes entre amis, des chamailleries, de vraies bagarres, un monde d’hommes rudes. Dans ce monde survient un jour la photographe Chloé qui vient faire un reportage sur le pont…

Un livre économe de moyens et émouvant sur les relations entre les hommes, entre l’île et le continent, la réparation des navires mais également celle des êtres abîmés par la vie, tandis que meurent doucement, ignorés de tous, les grands bateaux dans un cimetière à l’écart, que Léni fait découvrir à Chloé, comme Marcel le lui avait fait découvrir.

Un joli livre sur la façon de rétablir des liens, de réparer choses et êtres.

Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 03/05/2021 )
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