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Littératureet Biographies, Mémoires & Correspondances  

Lettres de Madame du Deffand (1742-1780)
de Madame du Deffand
Mercure de France - Le Temps retrouvé 2002 /  13 €- 85.15  ffr. / 980 pages
ISBN : 2-7152-2357-9

Lettres de Madame du Deffand (1742-1780)

Alors qu’elle fait ses premires armes dans les salons de la Rgence, Marie de Vichy-Champrond se spare de son mari, le marquis du Deffand, pour mener une vie trpidante Paris. A partir de 1742, elle commence sa correspondance prolifique avec les grands de son temps : Voltaire, Horace Walpole, d’Alembert, Mademoiselle de Lespinasse, la Duchesse de Luynes… Ses lettres sont constelles de potins, d’chos de la cour et de la ville, de portraits finement cisels, de faits politiques, d’allusions piquantes et de commentaires littraires. Se situant d’emble en position d’infriorit par rapport ses correspondants, elle leur crit par amusement autant que par curiosit. Cette boulimie intellectuelle est l’honneur d’une femme qui veut aussi sortir de la simple condition d’pouse et conqurir ainsi son indpendance.

Il existe une personne dont je connais tous les dfauts, contre laquelle je suis sans cesse irrite, que je trouve vaine, lgre, imprudente, insociable, laquelle cependant est ma plus intime amie ; cette personne, c’est moi. Le ton est donn ! Il est piquant, alerte et mordant quand il le faut. Ses lettres ne sont d’ailleurs que le prolongement des conversations menes dans le salon qu’elle tient rue Saint-Dominique. Et on trouve dans ces pages le verbe espigle et incisif qui devait svir lors de ces changes tourdissants. La frocit est parfois de mise. Alors qu’elle crit son ancien amant, le ministre anglais Horace Walpole, au sujet de l’crivain Marmontel, elle lance : qu’il a de la peine, qu’il se donne de tourments pour avoir de l’esprit ! Il n’est qu’un gueux revtu de guenilles

Prlats courtisans, ministres empresss, philosophes polmistes, crivains intrigants et duchesses caqueteuses constituent sa petite cour qu’elle regrette aussitt qu’elle la quitte… Car sa hantise, c’est l’ennui. Elle dclare avec beaucoup de lucidit : Ce qui s’oppose mon bonheur, c’est un ennui qui ressemble au ver solitaire et qui consomme tout ce qui pourrait me rendre heureuse. L’absence de compagnie ouvre pour elle un nant qu’elle redoute plus que tout. Jusqu’ sa mort en 1780, elle craint la solitude. Et son excs de mondanits n’a cess d’exacerber cette peur.
La marquise du Deffand nous laisse une correspondance fascinante o le plaisir cultiv ne l’emporte pas sur sa profonde humanit. Tout le XVIIIme sicle franais est presque contenu dans ces pages : on s’attendrit, on polmique, on se divertit… au del de l’angoisse qui sourdement ronge une existence remplie de virevoltes.

Bertrand de Sainte Marie
( Mis en ligne le 13/02/2003 )
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