L'actualité du livre
Littératureet Essais littéraires & histoire de la littérature  

Dictionnaire mondial des littératures
de Pascal Mougin et Karen Haddad-Wotling (maîtres d'oeuvres)
Larousse 2002 /  68 €- 445.4  ffr. / 1018 pages
ISBN : 2-03-505120-7

Du francocentrisme des dictionnaires

Venu quasiment clore la srie des dictionnaires dits chez Larousse – il sera suivi en mars 2003 d’un Dictionnaire de la philosophie – le Dictionnaire mondial des littratures constitue un petit vnement ditorial. 7500 crivains slectionns : les grands et les moins grands, appartenant au patrimoine plus ou moins ancien ou relevant de l’actualit littraire immdiate. Conjointement aux entres d’auteurs, le dictionnaire – c’est l sans doute un de ses points forts - consacre des notices aux littratures de la plupart des pays du monde (pas moins de 130) ainsi qu’aux diffrents genres, courants et notions. Enfin, une table d’orientation regroupant les auteurs par pays ainsi qu’une bibliographie figurant en fin de volume font de ce dictionnaire un vritable outil de travail.

De bonne qualit gnrale pour ce qui est de sa conception et de la rdaction des notices, le Dictionnaire mondial des littratures n’a pas cependant t ralis sans parti pris. Il n’existe ni inventaires canoniques ni panthons unanimement reconnus , nous avertit l’avant-propos, qui nous prcise que les critres retenus ont t essentiellement au nombre de quatre : contenus des enseignements, catalogues des diteurs, tat de la critique, succs de librairie . Certains faits, en parcourant les pages du dictionnaire, laissent cependant perplexe. Comment expliquer par exemple, sinon par une sorte de snobisme intellectuel, l’absence d’un crivain comme John Fante, remis l’honneur ces dernires annes par un important travail ditorial des ditions 10-18 et par la parution, l’an dernier, d’une biographie ? L’crivain allemand Marlen Haushofer brille galement par son absence... La longueur des entres ne laisse pas non plus de poser problme : si les Sudois Dagerman ou Enquist ont une notice honorable, quelques lignes seulement sont consacres leur compatriote Tunstrm, un des gants pourtant d’une littrature nordique qui reste trop souvent, avec la littrature africaine, le parent pauvre des anthologies.

On laissera le lecteur juge : Erik Orsenna en a plus long qu’une voisine de colonne, Anna Maria Ortese ; Maurice Blanchot peine plus que son pigone, Roger Laporte. Pour ce qui est des genres, si l’ autofiction bnficie ici d’une entre consquente et non moins excellente, en phase avec l’volution de la littrature des trente dernires annes, on ne peut que dplorer la concision de la notice consacre aux dcadents : les efforts des ditions Sguier orchestrs notamment par Jean de Palacio n’auront pas suffi hisser la littrature fin de sicle au rang qu’elle serait peut-tre en droit de prtendre.

De manire gnrale, le Dictionnaire mondial des littratures nous semble sacrifier un certain francocentrisme. Les chiffres parlent d’eux-mmes : trente pages pour l’entre littrature franaise contre quatre pour littrature allemande et seulement une et demie pour littrature anglaise ! Ainsi le nombre des entres consacres aux crivains franais sera t-il sans aucune espce de proportion avec celui dvolu aux crivains de chacun des diffrents pays retenus. Ne nous avait-on pas pourtant propos un dictionnaire mondial ?

Thomas Regnier
( Mis en ligne le 28/11/2002 )
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