L'actualité du livre
Littératureet Littérature Américaine  

Un jour tu raconteras cette histoire
de Joyce Maynard
10/18 - Domaine étranger 2018 /  9,10 €- 59.61  ffr. / 501 pages
ISBN : 978-2-264-07007-4
FORMAT : 11,0 cm × 18,0 cm

Première publication française en août 2017 (Éditions Philippe Rey)

Florence Lévy-Paoloni (Traducteur)


Struggle for Life

Joyce Maynard (née en 1953 dans le New Hampshire) avait fait sensation dans le monde littéraire américain en évoquant dans son autobiographie Et devant moi le monde (1998) sa liaison à dix neuf-ans avec J.D. Salinger, l’auteur de L’Attrape-cœurs, roman culte pour plusieurs générations, paru en 1951. Une relation destructrice, dont la description mettait à mal l’un des plus célèbres auteurs américains. Deux des romans de cette romancière populaire (Prête à tout et Un long week-end) ont été adaptés au cinéma. Philippe Rey est son éditeur français depuis 1971.

Si Joyce Maynard est une romancière appréciée, elle explore aussi volontiers le genre autobiographique. Un jour tu raconteras cette histoire décrit trois ans et dix-neuf mois de sa vie avec Jim, rencontré sur Match.com. Divorcée jeune, quelques vingt ans auparavant, mère de trois enfants, Joyce Maynard n’avait jamais fondé de relation durable. Avec humour, elle raconte ses tentatives ratées. Lorsqu’en 2011 elle rencontre Jim, avocat, divorcé lui aussi, jamais tout à fait remis d’une enfance dominée par les humiliations d’un père autoritaire, Joyce se méfie de leurs sentiments.

Et pourtant l’inattendu arrive : elle lui fait pleinement confiance au point de tout lui dire d’elle, y compris l’épisode désastreux de l’adoption de deux petites éthiopiennes qu’elle avait fini par confier à une autre famille, ne parvenant pas à les rendre heureuses. Trois ans de bonheur partagé, lorsque survient le drame : le diagnostic d’un cancer du pancréas sous sa pire forme, diagnostic sans appel.

Le récit est scindé en deux parties distinctes : d'abord les années heureuses, la construction d’un couple, les escapades au Guatemala où Joyce Maynard passe une partie de sa vie, les relations avec les enfants de chacun, les longs trajets en voiture dans les immenses paysages américains, musique à fond, le choix d’une maison où vivre ensemble. Page après page, le lecteur assiste à l’élaboration d’un couple soudé, à l’entente fondée sur des concessions mutuelles, surtout celles de Jim, Joyce Maynard plaçant sa vie d’écrivain au sommet de sa hiérarchie personnelle. Le titre du livre est d’ailleurs une phrase de Jim…

La seconde partie est poignante, même si tout pathos est évité. Il s’agit du combat au quotidien avec les maigres armes de la médecine traditionnelle face à ce cancer, l’opération de la dernière chance et les recours aux médecines alternatives, les nouvelles relations dans un réseau de malades, la vie qui décline doucement, la douleur compagne de tous les instants et la volonté malgré tout de poursuivre le quotidien, de tenir bon, de se tenir droit. Le dernier concert ensemble, un concert de Bob Dylan, et… la fin.

Joyce Maynard s’est jetée dans l’écriture dès la disparition de Jim, accomplissant sa prédiction, pour rédiger ce texte témoignage en faveur de la vie, de la beauté, des bonheurs qu’il faut saisir, de cette alchimie toujours un peu mystérieuse qui construit un couple. Par certains aspects, le récit est très américain (mode de vie, etc.), mais les thèmes abordés sont universels.

Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 01/10/2018 )
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