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Littératureet Littérature Américaine  

Idiot Wind
de Peter Kaldheim
Delcourt 2020 /  22 €- 144.1  ffr. / 380 pages
ISBN : 978-2-413-01988-6
FORMAT : 14,0 cm × 22,0 cm

Séverine Weiss (Traducteur)

On the road again

. «Pour résumer, ma vie n’avait rien de reluisant et relevait plutôt de la survie et de cela je ne pouvais blâmer que moi et mes acolytes : l’alcool, la cocaïne et une propension bien ancrée à ce que mon vieux prof de philo grecque appellerait l’acrasie – cette faiblesse de caractère qui nous pousse à agir contre notre intérêt. Appelons ça Idiot Wind comme Bob Dylan. C’est le nom que j’ai fini par lui donner et pendant plus de dix ans, son souffle a déchiqueté ma vie».

Peter Kaldheim, après de solides études (son érudition court le long des pages), a été éditeur dans une vie antérieure, à New-York. Puis, rattrapé par ses démons, il fait un court séjour à la prison de Rickers Island, il plonge, devient dealer et escroque son grossiste Joe la Batte. Il n’a qu’une issue pour échapper à une mort violente, fuir la ville et le ''vent idiot'' qui lui fait reproduire les mêmes erreurs sans lui servir de leçon.

Le 26 janvier 1987, lors d’une tempête de neige, il s’éloigne de New-York à bord du dernier Greyhound qui part avant l’interruption de la circulation, en direction de San Francisco où il a un job en vue. Il traverse la Virginie, la Floride, la Louisiane, le Nevada et l’Oregon qui lui plaît beaucoup, soit une vingtaine d’états pour huit-mille kilomètres ; un road-trip le plus souvent en stop après des heures d’attente parfois dans le froid, la pluie, la neige, des trajets clandestins dans un wagon de marchandises. Ce chemin cahoteux et douloureux va le sevrer de la cocaïne et l’aider à se reconstruire, lui qui circule sans un sou, sur les traces de Jack Kerouac, avec les vêtements et les souffrances de tous les clochards américains, à la recherche des centres sociaux pour dormir et manger, accompagné sur ce trajet rédempteur par les lectures de Orwell, Exley, Bukowski…

Ses rencontres avec d’autres compagnons de galère, illustration d’une société américaine très précaire, vont l’aider à apaiser sa culpabilité. Il se rachète de toutes ses erreurs de jeunesse, qu’il regrette amèrement, par ce chemin de croix. Au présent du récit s’ajoutent des flashback sur son passé, son enfance, sa carrière prometteuse, ses mariages détruits par ses addictions. Le job à San Francisco tombe à l’eau, il reste alors cinq ans dans le parc de Yellowstone, employé dans un restaurant, et il peut en même temps commencer pour de bon son autobiographie.

La tonalité du récit est optimiste, sans pathos geignard ; il a beaucoup de courage pour traverser toutes ces épreuves. Il ne s’attarde pas sur ses souffrances (froid, faim, pieds en sang), qu’il ne fait que mentionner. Né en 1955, Peter Kaldheim vit maintenant à Long Island. Idiot Wind est son premier roman. Cette photographie très réussie et humaniste des années Reagan fait du bien.

Eliane Mazerm
( Mis en ligne le 01/06/2020 )
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