L'actualité du livre
Littératureet Littérature Américaine  

Ainsi mentent les hommes
de Kathrine Kressmann Taylor
Autrement - Les grands romans 2021 /  8 €- 52.4  ffr. / 194 pages
ISBN : 978-2-7467-6086-8
FORMAT : 11,5 cm × 18,6 cm

Laurent Bury (Traduction)

Voir aussi :

- Kathrine Kresmann Taylor, Ainsi rêvent les femmes, Autrement (Les grands romans), Mai 2021, 96 p., 8 €


Destins…

En format poche, deux rééditions bienvenues de nouvelles de Kresmann Taylor, parues en 2004 et 2006 aux éditions Autrement. Ce n’est qu’à 92 ans, en 1995, que Kressmann Taylor avait vraiment connu le succès alors que, pour commémorer le cinquantième anniversaire de la libération des camps, les éditions Story Press avaient réédité son court et fort texte, Inconnu à cette adresse, écrit en 1938. Journaliste dans la publicité, puis universitaire (professeur à l’université de Gettysburg), elle a essentiellement écrit des nouvelles. Ainsi mentent les hommes et Ainsi rêvent les femmes en rassemblent neuf, avec des tonalités différentes.

L’univers d’Ainsi mentent les hommes est fort sombre. Dès la première nouvelle au titre explicite - ''Humiliation'' -, plane une lourde menace : Charles Corey, représentant de commerce, rentre chez lui après sa semaine de travail. On est dans l’Amérique des années cinquante, sa femme l’attend en travaillant au jardin, leur petit garçon Richard jouit de la beauté de cette journée ensoleillée, le «rêve américain» semble réalisé. Mais… Kressmann Taylor installe progressivement, par touches à peine suggérées, malaise et violence ; la violence insupportable, sourde, injuste, impitoyable imposée à la femme et au petit garçon, et pour autant sa noire nouvelle ne se clôt pas sur le désespoir mais ouvre une fenêtre lumineuse sur une joie possible.

Dans chacune des quatre nouvelles de ce recueil, l'auteur témoigne de cet art subtil qui fait cohabiter le pire avec, pourtant, une issue, si mince soit elle. Un petit garçon découvre sa lâcheté (''Remords''), une adolescente emprisonnée dans une éducation rigide cherche l’émoi (''Mélancolie''), une vieille dame est plus mystérieuse que son apparence ne le donne à penser (''Solitude''). Ce mince recueil est une véritable réussite d’intelligence, de sensibilité, de subtilité, et l'art de conclure de façon inattendue en surprenant le lecteur.

Ainsi rêvent les femmes rassemble cinq nouvelles moins puissantes mais plus douces, cinq destins féminins très différents, et une interrogation qui les relie : qu’est-ce que le bonheur ? Quels sont les choix qui s’offrent dans une vie ? Chacune - Harriet, Anna, Madame, Ellie Pearl -, à sa façon, a choisi, a vu passer le bonheur, a su - ou non - le saisir. Un homme se joint à elle, Rupe Gittle, qui demeure incompris, trop différent de son entourage dans l’intuition qui est la sienne qu’il existe une joie profonde de la vie qui émane des êtres, animaux ou humains.

Kressmann Taylor mérite vraiment d’être redécouverte…

Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 11/06/2021 )
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