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STEVENSON : Chronologie



Chronologie

La vie de Stevenson est auréolée de légende. Constamment malade, il soigna sa tuberculose à la cocaïne et entrevit les paradis artificiels. Né en 1850, il meurt à quarante-quatre ans, emporté par une congestion cérébrale, connaissant ainsi la mort précoce des génies. Eternel adolescent de la bohème d'Europe, impécunieux comme tant d'artistes, il n'échappait à ses créanciers qu'in extremis, grâce à ses livres ébauchés mentalement au cours de nuits de délire. Un goût démesuré pour les voyages le conduira jusque dans l'îles d'Upolu (archipel des Samoa). Il choisira d'être enterré au sommet du mont Vaea dominant le Pacifique, ce que n'aurait pas renié un poète romantique (on se rappelle la tombe de Chateaubriand à Saint-Malo). Comme Descartes (et quelques autres), il connaît, en l'an de grâce 1885, la nuit de la révélation, au cours de laquelle il a la vision du roman qui le rendra universellement célèbre : The Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde.

Le jeune Robert Lewis Balfour Stevenson est un petit garçon souffreteux. Le climat insalubre d'Edimbourg (surnommée "la Vieille Enfumée") n'arrange rien. Très tôt se déclare la tuberculose, contre laquelle il devra lutter toute sa vie. Le plus souvent, il reste cloîtré dans sa chambre. "" est le lieu où se déploie son imaginaire naissant. Pour avoir une idée de la jeunesse de Stevenson, il faut lire ses Memoirs of himself (Histoires de soi, 1880). Il évoque les lectures de Cummy, surnom d'Alison Cunningham, sa nourrice à laquelle il dédiera A Child's Garden of Verses (Au Jardin des poèmes de l'enfance). Elle fait revivre pour l'enfant les épisodes de la Bible, le Pilgrim's Progress (Voyage du pèlerin) de Bunyan ou encore l'histoire du Folklore écossais. "Le souvenir que j'ai des longues nuits où la toux me tenait éveillé n'est adouci que par celui de la tendresse d'Alison Cunningham, ma nourrice et seconde mère (la première n'en éprouvait pas de jalousie). Elle déployait plus de patience qu'on en attendrait d'un ange."

Cummy fut à l'origine du goût de Stevenson pour les mots comme pour les histoires. A quinze ans, Stevenson travaillera à un récit sur le soulèvement des presbytériens contre l'Eglise anglicane aux 16e et 17e siècles : ce même récit que lui fit Cummy quelques années auparavant. Dès l'âge de raison, il compose ses premiers textes. "Le moment où mon esprit déployait la plus grande activité était celui qui suivait mon coucher et précédait mon endormissement (...) Je restais éveillé, déclamant à haute voix pour moi tout seul mes conceptions de l'univers (...) L'un de ces Essais poétiques (...) a été noté par mon père, qui m'écoutait derrière la porte, et j'en ai eu connaissance ces dernières années" (Histoires de soi). Ecolier intermittent, il dévore les romans de Scott et de Dumas, comme les récits de pirates de C. Johnston. A quatorze ans, la rédaction d'une nouvelle The Plague Cellar (La Cave pestiférée) annonce le futur écrivain.

1867 marque le début des années de bohème, qu'il n'abandonnera que dix années plus tard, au moment de sa rencontre à Paris avec sa future femme, Fanny Osbourne, qui sera une lectrice attentive, parfois même un censeur, de son oeuvre. Edimbourg est le lieu de découverte de la bohème estudiantine. Comme Paris, comme Londres, elle nourrira l'imaginaire de nombreux textes, comme Les Pourvoyeurs de cadavres. Stevenson évoquera plus tard sa ville natale dans Edimburgh Picturesque Notes (Notes pittoresques sur Edimbourg, 1878). L'esprit de la bohème réapparaîtra, transfiguré, dans Les Nouvelles Mille et une Nuits (pour sa face noire), ainsi que dans des essais comme L'Apologie des oisifs (pour sa face claire). Nous sommes au début des années 1870. Stevenson, qui n'a pas encore rencontré Fanny, s'est amouraché de Kate Drummond, une jolie prostituée des bas-fonds d'Edimbourg. Alors étudiant de droit, selon le souhait de son père qui veut que son fils embrasse "une profession respectable", Stevenson prend conscience pour la première fois de sa vocation d'écrivain.

Les parents de Stevenson, soucieux de mettre fin à sa vie dissolue, décident de l'envoyer dans le Sufolk. Stevenson y fait la rencontre, en 1873, de Sidney Colvin, professeur d'histoire de l'art à Cambridge et critique littéraire influent, qui le fait bientôt entrer au Savile Club de Londres, le "saint des saints" des lettres britanniques. Puis vient 1874 ou les prémisses début d'une formidable activité d'écriture qui ne le quittera plus jusqu'en 1888, date de son départ pour les îles du Pacifique. Pendant ces quelques quinze ans, Stevenson donne la mesure de son génie d'écrivain, s'illustrant tour à tour dans l'essai, la nouvelle ou le roman. En 1883, c'est le succès foudroyant de L'Ile au trésor. Au cours de ces années prolifiques, il rencontre George Meredith, "le roi de nous tous" (Ecrivains populaires, 1888), dont il admire le roman L'Egoïste, ainsi qu'Henry James et Thomas Hardy.

La composition du Dr Jekyll fut mouvementée. Dans Un Chapitre sur les rêves, Stevenson nous dit qu'il soumit un premier texte, Le Compagnon de voyage, à un rédacteur en chef, manuscrit jugé trop obscène et finalement refusé. Sur quoi Stevenson aurait décidé de le brûler. On peut préférer une autre version, plus pittoresque. C'est la femme de l'écrivain, Fanny Stevenson, qui aurait elle-même brûlé le premier manuscrit du Dr Jekyll, lequel brodait sur les amours de jeunesse avec Kate Drummond, la jeune prostituée d'Edimbourg... A l'automne de l'an 2000, voici qu'on découvre dans un grenier une lettre de Fanny Stevenson à leur ami poète William Henley, où on lit ces lignes : "Il a écrit quasiment tout un livre d'une stupidité absolue. Heureusement il l'a oublié maintenant, et je vais le brûler dès que je vous l'aurai montré ? Lui le tient pour sa plus grande oeuvre". C'est à croire que la jalousie des femmes veille comme la providence sur la destinée des écrivains : le premier manuscrit, rien de plus qu'un nouveau Markheim (une nouvelle précédente), est brûlé. Et voilà qu'en l'espace de trois jours, Stevenson écrit une seconde version. Ce sera le Dr Jekyll. L'écrivain devient célèbre jusqu'en Amérique, et le texte fait même l'objet d'un sermon dans la cathédrale Saint-Paul de Londres !

Eté 1888. Un an après la mort de son père, Stevenson part pour les îles du Pacifique. Ce qui ne devait être qu'une simple croisière sera un voyage sans retour. Non sans éprouver parfois une certaine nostalgie pour son Ecosse natale, l'écrivain se plaît dans sa demeure de Vaïlima, qu'il a fait construire sur l'île d'Upolu. La carrière de Stevenson dans l'univers des lettres prend un second souffle. L'aventure samoenne - une nouvelle vie, une nouvelle écriture - peut commencer.

Thomas Régnier
( Mis en ligne le 06/08/2001 )
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