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Littératureet Récits  

Toutes ces grandes questions sans réponse
de Douglas Kennedy
Pocket 2017 /  7,40 €- 48.47  ffr. / 333 pages
ISBN : 978-2-266-27831-7
FORMAT : 11,0 cm × 17,6 cm

Première publication française en octobre 2016 (Belfond)

Bernard Cohen (Traducteur)


Trouver son équilibre…

Romancier à succès depuis son premier roman L'Homme qui voulait vivre sa vie (1998), Douglas Kennedy, new-yorkais vivant entre Paris, Londres et Manhattan, se livre dans ce petit précis de bonheur inspiré par Montaigne et d'autres philosophes. Une autobiographie de lecture aisée, dans laquelle Douglas Kennedy s'interroge sur la propension de l'être humain à faire son propre malheur. Une citation de John Milton (l'auteur du Paradis Perdu) peut résumer la thèse de l'auteur : «L'esprit est à soi-même sa propre demeure, il peut faire en soi un ciel de l'enfer, un enfer du ciel».

Pour démontrer sa thèse, Douglas Kennedy revient sur sa vie : une enfance à la fois heureuse dans le West Side new-yorkais, et malheureuse en raison - considère-t-il - essentiellement du mariage catastrophique de ses parents. Une mère, «née à Brooklyn mais élevée dans le West Side», juive, instable, toujours insatisfaite et qui, non contente de le lui prouver au quotidien, lui assène régulièrement tout au long de sa vie qu'elle ne l'aime pas : «Maman. Une femme toute menue - moins d'un mètre soixante sans talons. Une pile électrique, incapable de rester immobile plus de cinq minutes et toujours mécontente de son sort». Un père, irlandais catholique, colosse fragile aux colères violentes, partagé entre l'exaspération que lui inspire sa femme et son refus de la quitter. Une éducation dans une des écoles les plus huppées de la ville, le Collegiate.

Ses relations avec ses parents, qui ne cessent de se dégrader tout au long de leur vie, lui inspirent en grande partie ce livre de réflexion sur le bonheur - instant fugace ? En quoi sommes-nous ou non responsables de notre infortune ? «La tragédie est-elle le prix à payer pour être de ce monde ?».

La clé du bonheur selon Douglas Kennedy : apprendre à faire les «bons» choix, apprendre à pardonner (sans se croire obligé d'en informer celui ou ceux à qui s'adresse ce pardon), apprendre à patiner à plus de quarante ans c'est-à-dire à trouver son équilibre... Des questions ambitieuses que Douglas Kennedy affronte à partir d'exemples tirés de son expérience : un premier divorce difficile, deux «enfants merveilleux», un fils et une fille, mais le fils est atteint d'autisme. Autisme qui sera soigné grâce à la coûteuse méthode ABA, une méthode comportementaliste. Rencontres aussi avec les autres : des amis qui se trouvent dans des situations voisines, mariages insatisfaisants, des descentes aux enfers provoquées par des décisions dont il était facile de voir que leurs conséquences seraient ultra-négatives.

Quoiqu'il s'en défende assez régulièrement au cours des pages, Douglas Kennedy apparaît bien comme américain dans sa confiance absolue en la force de la volonté et, en dépit des aléas de la vie, un optimisme en action. Son livre peut se lire sous plusieurs angles : c'est une histoire de fils et de pères, au centre les relations qui l'unissent ou plus exactement le désunissent à son père, et celles qu'il entretient avec son fils, en dépit de la maladie qui est entre autres marquée par l'impossibilité de la relation. Ce sont des histoires croisées, accumulées, de couples qui se défont, en général mal, ou, pire, dont aucun des deux n'ose franchir le pas de la séparation qui serait pourtant le seul moyen salvateur... C'est aussi en filigrane une réflexion sur le métier d'écrivain. C'est enfin, pour tous ses lecteurs fidèles, une façon de mieux connaître Douglas Kennedy, grâce à ces moments d'intimité partagés.

Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 17/11/2017 )
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