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Littératureet Récits  

L'Ecole du ciel
de Elisabeth Barillé
Grasset 2020 /  18 €- 117.9  ffr. / 234 pages
ISBN : 978-2-246-81227-2
FORMAT : 13,1 cm × 20,5 cm

Aimée, bergère-peintre

. « Ecrire un livre, peindre un tableau, c’est extraire le meilleur de soi-même, livrer cette quintessence qu’on ne donne jamais à personne, même aux plus proches, tout simplement parce qu’elle n’existe pas ailleurs que dans le livre ou le tableau. L’artiste dépasse de beaucoup son avatar dans la vie réelle». Depuis les attentats de 2015, Elisabeth, la narratrice, et son compagnon Daniel, avocat à Paris, trouvent moins de charme à la capitale et voudraient s’en éloigner pour un coin de campagne plus bucolique. Daniel, passionné de peinture, surtout par Nicolas de Staël (suicidé à Antibes en 1955), espère trouver une maison idéale avec du cachet, un coup de foudre. Elisabeth aussi pense à un refuge auquel ils pourront s’identifier et auquel elle donnera une âme avec un jardin qui lui survivra. Une première expérience en Sicile est un échec.

Une opportunité professionnelle pour Daniel à Marseille les pousse vers les campagnes environnantes. Le hasard les dirige vers une vieille bâtisse avec un jardin, dans un village accolé aux collines des Basses-Alpes, une maison face au ciel dans laquelle a vécu la bergère Aimée Castain (1917-2015), une femme devenue peintre par passion, grâce à son étonnant coup de crayon. Daniel succombe au charme naïf et coloré de ses toiles.

Elisabeth Barillé mêle sa quête intime d’un lieu qui lui ressemble et la vie d’Aimée enfant, puis adulte, ainsi que son œuvre. Aimée fut une fillette intelligente, sensible, remarquée et aidée par son institutrice à aimer la nature et ses secrets, comme sa mère qui ramassait les herbes médicinales. «Ta véritable école reste l’université des collines. Et ton savoir l’émerveillement». Mariée à un paysan, elle franchit le pas, encouragée par son voisin issu des Beaux Arts de Paris ; elle commence à dessiner sur des tuiles puis sur des cartons. Remarquée par le peintre provençal Serge Fiorio, elle fait sa première exposition en 1979 à Roussillon.

La construction entremêlée du récit aère la narration et donne du suspens et du relief à l’histoire. Le lecteur apprend à connaître la vie de cette bergère peintre au parcours singulier, qui achetait ses chevalets à Manufrance ; à partager la quête spirituelle du jeune couple qui veut se débarrasser du superflu parisien et se suffire de l’essentiel au milieu de la nature, s’enraciner dans une vie saine, retrouver les vraies valeurs.

La découverte d’Aimée fait penser à Séraphine de Senlis, Camille Bombois, le Douanier Rousseau bien que sa peinture soit plus structurée. D’après Wilhelm Udhe, le collectionneur allemand qui a découvert Séraphine, ces peintres ne sont ni des naïfs ni des peintres du dimanche mais des Primitifs comme en leur temps Giotto et Fra Angelico, ces artistes capables de susciter de grandes émotions malgré une grande pauvreté extérieure : une immense richesse intérieure. Leurs œuvres doivent tout au vivant. L’art n’est-il pas justement l’expression des émotions du peintre puis de celles du spectateur ?

Ce roman est à lire pour connaître et s’imprégner de la vie de cette charmante Aimée.

Eliane Mazerm
( Mis en ligne le 08/06/2020 )
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