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Bonjour, monde cruel !
de Geerts
Dupuis 2008 /  29 €- 189.95  ffr. / 80 pages
ISBN : 978-2-8001-4249-4
FORMAT : 26,7x30,5 cm

Humour noir en couleurs

De Geerts, on connaît plutôt l’univers enfantin tout rond tout mignon de Jojo ou de Mademoiselle Louise. Les lecteurs assidus du magazine Spirou avaient toutefois eu, entre 1984 et 1986, un autre aperçu du travail de cet auteur, une suite de fameux dessins à l’humour noir et caustique, des perles de cynisme ou d’absurde, loin des petits tracas quotidiens de Jojo.

Déjà publiées dans deux recueils en 1997, ces pages (moins quelques unes… l’intégrale pour une prochaine fois ?) trouvent une nouvelle présentation dans ce très beau livre qui ravira les amateurs du dessin d’humour, connaisseurs de Sempé ou Voutch.

L’auteur s’attaque ici au quotidien de monsieur et madame Tout-le-monde, traquant, sans avoir trop à gratter, la bêtise humaine, la méchanceté basse, ou tout simplement le déraisonnable d’une société qui s’est modernisée trop vite et sans réfléchir. À la manière d’un Sempé, Geerts prend souvent du recul, laissant ses personnages seuls dans un monde trop grand, désemparés ou ridicules. Des thèmes récurrents se profilent (le cloisonnement dans les grands immeubles, les abris anti-atomiques…), des personnages vus et revus deviennent des symboles. Un gros nez surplombant une petite moustache et voilà un parfait inconnu/imbécile de campé !

Au final, c’est le portrait d’un monde où plus personne ne prend le temps de s’écouter, où l’égoïsme est le refuge idéal pour ne pas avoir à s’engager et où, au final, la solitude ronge peu à peu les derniers espoirs. Seul l’enfant, figure ici souvent représentée, échappe au marasme, regardant avec de grands yeux ce qui a vraiment de l’intérêt : un monsieur qui joue avec ses doigts, voilà qui est plus intéressant que tous les trapézistes du monde ! Et il y a ce petit garçon qui hurle à ses parents effrayés : «Quand je serai grand, je serai remarquablement intelligent !». Le temps fera malheureusement le reste. Chez Geerts, trop vivre use trop vite, et la simplicité des premières années, celle de Jojo justement, est vite enterrée sous des couches de comportements moches et idiots.

Le trait de Geerts fait ici encore la différence. Si les premières tentatives sont encore empâtées, très vite, le dessin s’affine, et les couleurs s’adoucissent. Les aquarelles s’estompent sur la page, et les pires horreurs sont ainsi véhiculées avec délicatesse par des volutes roses et bleues, des nuages diffus de tonalités pastel. Un univers tout doux… en apparence donc.

Bonjour, monde cruel ! porte ainsi, et ce jusque dans son titre, la beauté des contrastes et l’insolence des paradoxes. Décidément, Geerts le discret est un auteur à ne pas rater.

Alexis Laballery
( Mis en ligne le 07/11/2008 )
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