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Kertész - Made in USA
de Alain d' Hooghe
PC Editions 2003 /  45 €- 294.75  ffr. / 155 pages
ISBN : 2-912683-29-7
FORMAT : 27x28 cm

Livre bilingue français / anglais.

Exil américain

Longtemps dénigré aux États-Unis avant d’être finalement reconnu, André Kertész est aujourd'hui considéré comme l’une des figures majeures de la photographie du XXe siècle. D’origine hongroise, ce photographe est l’un des premiers à utiliser le légendaire Leica. Dès qu’il le peut, il fuit Budapest, sa ville natale, pour la proche campagne où il photographie le paysage et la population gitane. Chroniqueur du quotidien, c’est un regard enfantin et curieux qu’il pose sur ce qui l’entoure, réalisant une série de photographies surprenantes de spontanéité.

Arrivé à Paris en 1925, il fréquente Man Ray, Marc Chagall, ainsi que Brassaï qu'il initie à la photographie. Pendant cette période, André Kertész expose dans diverses galeries et vend ses clichés aux plus grands magazines européens. Sous l'influence de l'avant-garde, il adopte des angles de prises de vue d’une incontestable modernité (gros plan, plongée, contre-plongée), des contrastes forts, et il réalise ses premières Distorsions.
Au sommet de son art, il décide de partir pour New York en 1936 où il demeurera jusqu’à la fin de sa vie, en 1985. C’est cette période new-yorkaise qui est mise en avant de façon thématique dans ce recueil de photographies en noir et blanc.

Commence alors une longue suite de déconvenues car André Kertész peine à être reconnu dans un pays où on lui reproche de faire passer trop d’émotions dans ses photographies au lieu de s’en tenir strictement aux faits. Ce qu’on attend de lui : du spectaculaire, des performances techniques, tout l’opposé de son travail. Les frustrations succèdent aux désillusions. Il accepte alors des commandes pour plusieurs magazines américains, sans réel enthousiasme.
Ces premières années passées à New York sont celles d’un homme mélancolique. On sent poindre la nostalgie de l’Europe. Les légendes de ses photographies en disent long sur son état d’esprit. Ainsi ce «Nuage perdu», face à l’Empire State Building imposant et impersonnel, ou encore la «Tulipe mélancolique», tout aussi évocatrice.
New York devient le terrain de ses recherches personnelles. Son regard sur l'architecture est moderne, voire géométrique, divisant l’espace en surfaces rectangulaires, mais jouant aussi avec des formes circulaires, notamment avec sa série de photographies consacrées à Washington Square. Les perspectives, les lignes des rues new-yorkaises et des gratte-ciel, les ombres, sont utilisées pour marquer les contrastes.

André Kertész réalise de remarquables clichés pris sur le vif. Il photographie son quartier, quittant progressivement la rue pour la fenêtre de son appartement donnant sur Washington Square. Il scrute les appartements alentour, les voisins, les passants dans la rue, et saisit des instants furtifs de la vie de tous les jours, comme cette jeune fille prenant un bain de soleil sur sa terrasse. La frénésie ambiante l’inspire, il va faire de Washington Square un motif récurrent, se l’approprier en l’immortalisant sous tous les angles depuis son balcon à toute heure du jour et à chaque saison.

L’originalité de l’œuvre d’André Kertész réside moins dans une approche formelle ou stylistique que dans cette capacité à capter la douceur de vivre. Plus qu’un outil, la photographie constitue pour lui une manière d’appréhender les choses les plus anodines de la vie quotidienne pour en extraire et en restituer toute la poésie.
Présenté par Alain D’Hooghe, ce recueil de photographies à la mise en page sobre et élégante, rythmée par quelques témoignages de grands photographes, est un bel hommage à l’œuvre très riche d’André Kertész, consacrée à New York.

Marina Hemonet
( Mis en ligne le 24/12/2003 )
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