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L'Art du Grand Nord
de Jean Malaurie
Citadelles & Mazenod 2001 /  193.13 €- 1265  ffr. / 620 pages
ISBN : 2-85088-078-7
FORMAT : 25 X 32

Collectif

La fascination des origines

Si éloigné qu’il soit géographiquement, le Grand Nord fait partie intégrante de notre histoire. Loin de constituer, comme on a longtemps cru, un ailleurs de la civilisation, ce qu’on appelait autrefois l’Hyperborée et que l’on désigne aujourd’hui du nom de "sociétés boréales" ou "régions circumpolaires" est, en réalité, le fascinant miroir dans lequel ne se lassent pas de s’observer les Occidentaux.

L’Art du Grand Nord, magnifique ouvrage auquel collaborèrent une pléiade d’ethnologues, d’historiens et d’artistes, a un double intérêt : celui de présenter un art infiniment varié, encore vivant aujourd’hui (comme en témoigne l’art inuit contemporain) mais aussi de dessiner une histoire séculaire où, entre sympathie et incompréhension, fascination et répulsion, Occidentaux et peuples primitifs ont constamment été en dialogue.

Quelques grandes dates. XVIIe siècle, la colonisation et l’évangélisation : celle des Lapons par les royaumes nordiques ; celle des autochtones sibériens après que les Cosaques eurent défait les Tartares ; celle des Indiens sub-arctiques nord-américains qui eurent successivement affaire aux explorateurs russes (sous Pierre le Grand), danois (Vitus Béring) et américains (James Cook). A partir de la fin du XIXe siècle s'étend la période la plus noire des relations : interdiction du potlatch par le gouvernement canadien (il ne sera autorisé de nouveau qu’en 1951) ; effets funestes de la période soviétique marquée par une volonté d’éradiquer le chamanisme, lequel connaîtra un net déclin. Deuxième moitié du XXe siècle : début de la reconnaissance tant politique que culturelle des "peuples premiers" du Grand Nord ; autonomie conquise par les Inuits dans les années 1980 ; entrée (tardive) des Arts premiers au Louvre cinquante ans après avoir été acclamés par les surréalistes.

Evolution historique, artisanat et vie quotidienne, expressions artistiques et religieuses, L’Art du Grand Nord revient sur tous ces aspects en faisant à chaque fois la part de la communauté spirituelle et celle de la singularité de chacun de ces peuples à travers de somptueuses illustrations. Si ceux-ci ont chacun leur mythologie et leurs mœurs spécifiques, si le chaman n’a pas exactement la même fonction ici et là, si les cérémonies religieuses peuvent prendre de multiples visages, il est cependant un point commun à l’ensemble des sociétés boréales : un profond animisme, un inextinguible "vitalisme panthéiste", une indéracinable croyance en des énergies cosmiques transcendant l’espace et le temps, dont le chaman est en quelque sorte le catalyseur. A une époque où, insatisfait des leçons de la rationalité, l’homme occidental reconnaît la nécessité de "penser sensoriellement", il y aurait beaucoup à apprendre - et à admirer - des peuples du Grand Nord.

Thomas Regnier
( Mis en ligne le 13/12/2001 )
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