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Pocheset Littérature  

On ne voyait que le bonheur
de Grégoire Delacourt
Le Livre de Poche 2015 /  7.30 €- 47.82  ffr. / 305 pages
ISBN :  978-2-253-18286-3
FORMAT : 11,2 cm × 18,0 cm

Premire publication en aot 2014 (JC Latts)

Absence et nécessité

Tout est manque dans ce roman de Grgoire Delacourt : absence, regret, amertume, incomprhension, sentiments nfastes qui cousent ensemble les destines d'une famille plus triste que les autres mais pas si diffrente des ntres : celle d'Antoine.

Expert en assurance, quitt par sa femme Nathalie volage, inconstante, superficielle -, orphelin tt d'une mre adorant Sagan, qui a prfr bovaryser loin des siens ; frre d'Anna, petite sur frappe, depuis la mort inexplique de sa jumelle Anne, d'une trange sorte de mutisme, ne prononant de ses phrases qu'un mot sur deux... Le pre est ce chimiste taciturne et teint, Franais moyen avare de mots et d'affection. Antoine est pre son tour, de Josphine et Lon qu'il chrit plus que tout, avant que Nathalie ne parte refaire sa vie avec celui qu'on appelle ''l'Olive'', plus franais moyen, plus beauf grande gueule.

Pourquoi est-ce lorsqu'on les perd qu'on croise enfin ceux qui nous ont manqu ?. L'intrigue se noue sur ce constat sublime de ses paradoxes, sur l'absence et la ncessit de l'Autre. Autour d'un drame, la narration partage le rcit entre Antoine et sa fille, dans une dialogue en miroirs, dialogue de sourds aux rsonances tragiques bien qu'mouvantes, trs mouvantes, jusqu' un final sur une plage du Mexique o il est question de pluie et de pardon.

On se laisse porter par le style faussement simple et tendre de Grgoire Delacourt. La plume est en fait amre, acide, empreinte d'une mlancolie et d'une gravit qui, parfois, imperceptiblement, crent le malaise, sans toutefois ralentir la lecture. Dont on aime aussi la peinture en sfumato de notre socit, terne et morbide, les images, les formules, comme si, malgr l'horreur de l'existence, une posie tait encore possible.

On grandit mal sans l'ombre d'une mre. On grandit de traviole. On devient des ronces.

Thomas Roman
( Mis en ligne le 28/09/2015 )
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