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Pocheset Littérature  

Histoire de moi-même
de Henry David Thoreau
Le Passeur - Poche 2019 /  6,90 €- 45.2  ffr. / 215 pages
ISBN : 978-2-36890-701-6
FORMAT : 11,0 cm × 18,0 cm

Texte inédit

Thierry Gillyboeuf (Traducteur)


Introduction à Walden

. "Les hommes se trompent en travaillant" (H D. Thoreau)

Henry David Thoreau (1817-1862) est célèbre pour deux textes essentiels : La Désobéissance civile (1849) et Walden, la vie dans les bois (1854), devenu un classique de la littérature américaine. Dans Histoire de moi-même écrit expressément pour une conférence donnée en 1847, l'auteur revient sur sa première année passée dans les bois, seul au bord du lac Walden. En deux parties bien distinctes, Thoreau explique à son auditoire pourquoi il a décidé de se retirer loin de la société, pour lui corrompue, avide, et inégalitaire, avant de décrire sa vie d'ermite dans sa cabane de chasseur.

Dans cette première partie politique, Thoreau explique de manière radicale comment l'homme gâche sa vie en acceptant l'idée de se soumettre aux diktats absurdes de la vie professionnelle. S'user à la tâche pour jouir des biens de consommation est une infamie qui ruine à la fois le corps et l'esprit de chaque individu. Alors que l'industrialisation de la société faisait rage à l'époque, Thoreau fait partie des précurseurs (dont Gandhi s'inspirera pour conduire son mouvement pacifique) pour rejeter en bloc ce type de système. S'il rejette le travail rémunéré, il remet également en cause l'avidité et la médiocrité des hommes cherchant à s'enrichir, fuyant ou maltraitant la nature, et se perdant dans l'absurdité d'une activité oppressante. Il va encore plus loin en prônant le retrait total de la société urbaine, pour se retrouver dans les bois.

Là, seul dans la cabane qu'il a construite de ses mains, il décrit sa vie d'homme contemplant la nature, en lisant les grands auteurs et en travaillant à sa propre survie. S'inspirant des grands penseurs classiques, amateur de mythologie grecque, l'écrivain, en pédagogue satisfait de transmettre son savoir, écrit également un manuel de survie dans la nature. Il chasse, pêche, se chauffe, cultive son potager et s'enivre surtout de la beauté d'une nature bienfaitrice qui inclut l'homme dans son processus d'évolution.

Si déjà en 1846 l'écrivain américain fuyait la médiocrité des villes, luttait contre toute exploitation de l'homme et voyait l'émergence de la technique d'un mauvais œil, il est clair qu'il annonçait l'inéluctable décadence de notre époque. Cette lecture a donc pour principal intérêt de se centrer sur l'essentiel. Certes, Thoreau était radical et, tel un baroudeur insatiable, il ne pouvait se satisfaire d'une vie monotone. Mais ses analyses sur la société moderne restent extrêmement convaincantes, pointant comme une nouvelle alerte ce que nous vivons aujourd'hui (pollution atmosphérique, maltraitance de la planète, ubérisation du travail, enrichissement d'une minorité, inégalités mondialisées, système basé sur la domination des masses).

Il est de bon conseil de se plonger dans cette introduction à Walden et de retrouver l'authenticité qui manque tant à notre époque (y compris pour le style de l'auteur). Ce texte, comme un préambule à une œuvre protéiforme, donne le ton d'une révolution intérieure. Thoreau, mort à 44 ans d'avoir peut-être trop pris froid, a laissé également un journal colossal qui détaille avec sérieux cette philosophie de vie non conformiste.

Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 10/07/2019 )
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