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Pocheset Littérature  

Famille, tracas et Cie
de Laurie Colwin
Le Livre de Poche 2009 /  6.50 €- 42.58  ffr. / 283 pages
ISBN : 978-2-253-12010-0
FORMAT : 11,0cm x 18,0cm

Première publication en avril 2004 (Autrement - Littératures)

Post-modernisme guimauve

Suffit-il de tout avoir pour être heureuse ? Voici une question à laquelle l’héroïne du dernier roman (posthume) de Laurie Colwin aurait du mal à répondre par l’affirmative.

Jeune épouse de 40 ans, Jane Louise a pourtant la chance de vivre avec un mari charmant, d’être entourée d’amis fantasques et sympathiques et d’adorer son travail d’illustratrice, qu’elle exerce dans une maison d’édition. Mais une vie heureuse n’empêche pas les grands angoissés d’être envahis par les doutes. Car c’est ainsi : notre anti-héroïne se sent vieillir et elle vient de se lier pour la vie à Teddy, un chimiste issu d’une grande famille bourgeoise de la Nouvelle-Angleterre. Du début de son mariage aux prémisses de sa maternité, les réflexions de Jane Louise sont livrées dans leur version la plus brute : «Qu’il était donc étrange d’avoir un mari, cette personne qui faisait presque partie des meubles, comme un coussin ou une lampe, qui vous transformait d’une entité unique en une unité…».

Miroir de nos sociétés occidentales, exemple typique des problématiques féminines du 21e siècle, la dernière héroïne de Laurie Colwin est en fait une femme moderne et brillante, prise entre ses désirs d’accomplissement personnel et son destin d’épouse et de mère. Morceau choisi : «Ce serait tellement bien si sa vie était d’une seule pièce, si elle était enfermée, un peu comme une momie dans ses rôles d’épouse et de mère – si elle possédait une personnalité lisse et sans failles, dépourvue d’émotions étranges, de questions sans réponses, et jamais titillée involontairement par des doutes de toutes sortes

Fidèle à ses thèmes de prédilection – le mariage, la fidélité et le quotidien du couple –, Laurie Colwin parviendra à résoudre le dilemme de Jane Louise et de la femme moderne en général dans un style léger (sans doute le plus approprié au récit du quotidien). Famille, tracas et Cie n’est certainement pas le meilleur roman de Laurie Colwin, plus épatante dans Une épouse presque parfaite. Les inconditionnels de son écriture pourront toutefois se régaler une fois de plus de la causticité et de l’humour qui ont fait le succès de l’écrivain, et apprécieront sans doute la galerie de personnages secondaires complètement fantasques qui entourent Jane Louise : Sven, le collègue de travail obsédé par les femmes ; Eleanor, la mère bourgeoise-bohème de Teddy, qui vit de thé et de salade ; Edie, la meilleure amie de Jane Louise, qui au grand dam de sa famille bourgeoise convole en juste noce avec un homme de couleur…

Malgré tous ces petits plaisirs, il est regrettable que Laurie Colwin ne soit pas allée plus loin et plus profondément, surtout, dans l’étude psychologique de ses personnages et de son héroïne : un manquement qui fait de Famille, tracas et Cie un roman guimauve, et malheureusement trop court pour que le lecteur ne s’attache véritablement aux personnages principaux et au destin de Jane Louise. Le livre refermé, il risque de se résumer à quelques bonnes répliques ironiques, sans laisser de trace indélébile des réflexions soulevées par Laurie Colwin sur la condition de la femme moderne…

Anaïs Grassat
( Mis en ligne le 05/06/2009 )
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