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Pocheset Littérature  

La Petite Fille de Monsieur Linh
de Philippe Claudel
Le Livre de Poche 2007 /  5.50 €- 36.03  ffr. / 192 pages
ISBN : 978-2-253-11554-0
FORMAT : 11x18 cm

Première publication en août 2005 (Stock).

Eux, Nous

C’est par la pure sincérité du récit que l’on sera accroché tout d’abord, cette beauté évidente et saisissante du propos : raconter simplement l’histoire d’une amitié, immédiate, spontanée et cristalline. Entre des gens de peu, des gens de rien, tout modestement sublimes…

Monsieur Linh a fui son pays, Indochine muette que l’on devine derrière l’évocation de rizières rosies du sang de trop de victimes, d’un rouge France. Derrière aussi la honte étouffante d’un soldat envoyé là-bas, un gars au cœur grand comme ça, fait bourreau malgré lui. Il s’appelle Monsieur Bark et traîne son embonpoint et un alcoolisme de circonstance sur les bancs de ce port des exils. Marseille ?... Le vieil asiatique y débarque en tout cas avec dans ses bras son bébé, petite fille rescapée des massacres où succomba toute sa famille. Elle est la petite fille de Monsieur Linh, tout son espoir dans un peu de lange…

Entre le dortoir où, temporairement, les gens de «là-bas» sont accueillis, et l’asile où le vieillard achève sa course, les deux hommes se rencontrent et lient amitié. Sans les mots, l’un confondant le prénom de l’autre avec la salutation vernaculaire, et inversement. Monsieur Linh appelle Monsieur Bark «Bonjour» ; Monsieur Bark appelle Monsieur Linh «Tao-laï» : «Et puis là, les deux hommes se disent longuement au revoir en se disant bonjour». Magnifique…

Dans la farandole grisâtre des égocentrismes que constitue immanquablement une rentrée littéraire – moi, je, ma vie, mes peines, inceste, adultère, maladie et mort, danse macabre d’écrivains en manque d’inspiration -, qu’il est bon de lire quelque auteur sachant dire «eux» et «nous», plutôt que «moi-moi-moi» !... Philippe Claudel est de ces happy few à ranger précieusement dans une bibliothèque conséquente. Car ce Des souris et des hommes à une sauce toute personnelle, superbement écrit, sans artifice, a de quoi clouer leur bec aux plumitifs auto-contemplatifs. Un véritable roman : bon, beau, rassurant… et universel.

Bruno Portesi
( Mis en ligne le 31/08/2007 )
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