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Marcher la vie - Un art tranquille du bonheur
de David Le Breton
Métailié - Suites 2020 /  10 €- 65.5  ffr. / 168 pages
ISBN : 979-10-226-1057-5
FORMAT : 12,6 cm × 19,0 cm

''Le chant des pistes''

Professeur de sociologie à l'Université de Strasbourg, spécialiste de la sociologie du corps, David Le Breton est un passionné de marche. C'en est aussi un chantre des plus convaincants. Marcher la vie fait d'ailleurs suite à d'autres essais sur le même thème : Eloge de la marche (2000) et Marcher. Eloge des chemins de la lenteur (2012), publiés également chez Métailié dans la collection "Suite".

Marcher la vie relève en effet de l'éloge et non de l'essai sociologique. D'une écriture fluide et poétique, David Le Breton dit sa passion pour cet exercice faisant de l'Homme... l'Homme. Il en rappelle les vertus thérapeutiques, sur le corps comme l'esprit, les délices intimes - car la marche relève du recueillement, de la méditation, de l'introspection aussi -, les us et les coutumes. "Un paysage n'est pas seulement le plein mais le vide qu'il crée, cet entre-deux entre terre et regard''.

Une pratique qui est d'autant plus nécessaire en un temps valorisant surtout la connexion et la rentabilité, et bienvenue pour se soulager des affres du confinement tels que la planète entière vient de les connaître. Marcher libère de ces liens sociaux et géographiques, permet à l'individu de redéfinir ses espaces et ses temps, ''sa géographie personnelle'', son rapport aux autres et à soi-même. L'auteur mobilise l'histoire, la géographie, la sociologie, mais aussi la médecine - les médecines... - et la spiritualité. Le taoïsme ("tao" veut dire... le chemin) n'est pas loin de cette réflexion sur les bienfaits de la marche, et David Le Breton le rappelle, qui parle aussi du Camino (Santiago), et des spiritualités panthéistes natives-américaines, aborigènes ou encore japonaises.

Et la littérature. Sans lourdeur ni pédanterie mais toujours à propos, l'auteur cite ceux qui témoignèrent eux aussi des beautés et bénéfices de ces moments à soi. Citons surtout, parce qu'ils collent au sujet, Jean-Claude Bourlès et sa passion pour le chemin de Saint-Jacques, et Bernard Ollivier (Longue marche, 2 vol., 2000-2001). Passent également d'autres auteurs-marcheurs que l'on ne soupçonnait peut-être pas : Simone de Beauvoir, Albert Camus ou Jacqueline de Romilly (une bibliographie est proposée en fin d'ouvrage).

La marche est également un outil de la réinsertion sociale, et David Le Breton, à qui l'on doit aussi des essais sur l'adolescence ou le djihadisme, présente l'expérience fascinante de l'association Seuil, fondée par Bernard Ollivier : des accompagnants marchent sur plus d'un millier de kilomètres avec des jeunes en difficultés, dans ce qui est pensé comme un chemin vers la résilience.

Bref, un essai on ne peut plus à propos, à lire d'urgence.

Thomas Roman
( Mis en ligne le 29/06/2020 )
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