L'actualité du livre
Pocheset Histoire  

Le Règne de Louis XIV (2 vol.)
de Olivier Chaline
Flammarion - Champs 2009 / 
FORMAT : 11cm x 18cm

- Tome 1 - Les Rayons de la gloire, 773 p., 12 €, ISBN : 978-2-08-122052-2

- Tome 2 - Vingt millions de Français et Louis XIV, 553 p., 10 €, ISBN : 978-2-08-122053-9


Première publication en septembre 2005 (Flammarion)

L'auteur du compte rendu : Diplômé de l'Ecole nationale des chartes et de l'Ecole nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques, Rémi Mathis est conservateur, responsable de la bibliothèque de sciences humaines et sociales Paris-Descartes-CNRS. Il prépare une thèse sur Simon Arnauld de Pomponne à l'université Paris-Sorbonne sous la direction de Lucien Bély.


Un homme, un roi, son peuple

On dispose sur Louis XIV d’un certain nombre de biographies qui ont toutes leur spécificité. Pierre Goubert a mis l’accent sur les «vingt millions de Français» sujets du Roi Soleil ; François Bluche s’est fait le chantre exalté de la gloire royale ; Jean-Christian Petitfils a réussi une biographie plus équilibrée mais essentiellement politique ; sans compter les biographies étrangères ou celles plus anciennes que l’on ne consulte plus guère, comme celle de Louis Bertrand. Cette pléthore n’a pourtant pas fait peur à Olivier Chaline qui nous offre cette imposante somme.

Il ne s’agit cependant pas vraiment là d’une biographie de Louis XIV mais d’une véritable histoire de son règne. Histoire qui fait naturellement la part belle à la figure du souverain mais qui ne se centre pas sur sa figure : O. Chaline ne cesse d’insister sur les déformations que cela amène dans l’appréhension de l’époque, du pays et de la figure même du roi. Non pas une simple biographie donc (encore que le genre biographique se soit remarquablement diversifié et complexifié ces trente dernières années), mais une tentative de réponse à des questions sur les moyens et les objectifs de Louis XIV, les conséquences de son action sur le pays et le peuple, les gagnants et les perdants d’une période de 70 ans, durant laquelle la conception du pouvoir s’est considérablement modifiée.

Olivier Chaline est professeur d’histoire moderne à l’Université de Paris IV-Sorbonne : il a notamment travaillé sur l'histoire de l'Europe centrale, ce qui a donné lieu à la publication de La Montagne blanche (Agnès Vienot, 2000). Enseignant, il sait vulgariser les connaissances, étant également l’auteur d’une France au XVIIIe siècle (Belin, 2005) bien connue des étudiants.

Le plan de l’ouvrage s’articule en trois grandes parties. La première («Louis Dieudonné») tourne autour de la figure du roi. L’auteur présente d’abord l’enfance et la vie d’un souverain. Il se penche sur son entourage composé de sa famille, des ministres et conseillers, des courtisans enfin, et cherche à définir le «dur métier de roi». Ce labeur tendait-il vers un but précis ? O. Chaline s’efforce de démontrer que s’il est risqué de vouloir trouver une cohérence dans un hypothétique absolutisme politique, le roi avait des idées et a su s’adapter aux circonstances intérieures et extérieures pour les appliquer avec une souplesse qui était à coup sûr une qualité.

Une deuxième partie intitulée «Soixante-douze années de règne» trace un portrait du royaume : un royaume riche et peuplé que le pouvoir royal s’efforce d’encadrer, un royaume d’où le roi tire les revenus de l’État, collectés selon des modalités complexes, un royaume respecté au-dehors grâce à ses armées et à sa diplomatie. O. Chaline ne passe pas sous silence l’histoire culturelle, nuançant très sérieusement l’idée de l’existence d’un style «classique». Cependant, si le roi impose son goût et fait de sa cour le centre intellectuel du royaume, des révoltes ou tout du moins des résistances subsistent, que l’image d’un régime absolutiste ne doit pas faire oublier. Malgré ces dernières, Louis XIV aura fait de son pays le premier en Europe et l’aura considérablement agrandi outre-mer.

Enfin, dans une troisième partie («Vingt millions de français et Louis XIV»), l’auteur fait le point sur les espoirs de Français qui attendaient traditionnellement un roi de prospérité, secourable et justicier, et qui ont vu apparaître une forme de gouvernement partiellement nouvelle. L’État s’est renforcé, exigeant toujours plus de revenus et d’hommes pour une armée en développement constant : sa compétence s’étend sans cesse à de nouveaux domaines. Certains en profitent, qu’ils fassent partie des élites traditionnelles ou qu’ils soient des hommes nouveaux ; d’autres tentent d’esquiver l’autorité. Au final, il n’y a que bien peu de projets politiques apparaissant comme des alternatives véritables au gouvernement personnel du roi et ceux qui s’opposent au roi sont la plupart du temps contraints à l’exil.

La premier avantage de ce Louis XIV sur les autres est casuel : il paraît vingt ans après Bluche, dix après Petitfils. Olivier Chaline peut donc utiliser des travaux nouveaux et parfois novateurs. Il ne se prive pas de mettre à profit monographies et articles récents et même des thèses dont les conclusions sont par nature peu diffusées (Ph. Romain, C. Oury…). Il utilise parfois ses propres recherches (sur la gloire à Port-Royal, par exemple) qui sortent ainsi du cercle restreint des lecteurs de revues universitaires pour être connues d’un public plus large. Surtout, il se sert de travaux étrangers en grand nombre, ce qui permet de sortir d’une vision purement française du règne. Olivier Chaline tente – et réussit dans une grande part – de rééquilibrer l’importance donnée aux divers phénomènes et événements : il déplace son regard vers ce curé de campagne qui doit signer un formulaire contre des «gens sénistes» (sic) qu’il ne connaît pas ; il souligne les difficultés éprouvées par le roi pour imposer un pouvoir qu’on a un peu trop rapidement qualifié d’absolu ; il rappelle que le règne fut multiple et divers et nuance bien des jugements hâtifs.

On regrettera, certes, certaines erreurs ponctuelles, signes d’une rédaction peut-être un peu rapide : ainsi, Hugues de Lionne est le neveu d’Abel Servien et non pas de Loménie de Brienne et ce dernier abandonne sa charge en 1663 et non 1671. On regrettera aussi le choix étrange mais récurrent de ne pas utiliser de notes «pour ne pas alourdir l’ouvrage» : le lecteur curieux d’en savoir plus sur un fait ou qui cherche l’origine d’une analyse n’a plus qu’à éplucher la biographie (remarquablement complète) en espérant retrouver le document voulu. Réjouissons-nous en revanche de la présence d’une chronologie qui aide à appréhender une période riche en faits et actions, et surtout d’un index.

Ce régne de Louis XIV intéressera tant les étudiants qui y trouveront une synthèse des plus commodes et mise à jour que le grand public qui découvrira cette période sous ses aspects les plus variés. Traitant de l’ensemble des champs, il sait se mettre à portée du grand public tout en faisant preuve de rigueur et d’attentions aux nouvelles problématiques. Olivier Chaline nous livre donc avec ce Règne de Louis XIV une excellente synthèse sachant faire son miel des travaux les plus récents, un intéressant travail qu’il convient de confronter à celui de Lucien Bély qui vient de sortir aux éditions Jean-Paul Gisserot, preuve que l’historiographie louis-quatorzienne s’enrichit tous les jours de synthèses de prix. Mais le Roi Soleil ne mérite-t-il pas des livres lumineux ?!...

Rémi Mathis
( Mis en ligne le 13/10/2009 )
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