L'actualité du livre
Pocheset Histoire  

Histoire romaine - livres XLI à XLV
de Tite-Live et Annette Flobert
Flammarion - Garnier Flammarion 1999 /  10.69 €- 70.02  ffr. / 510 pages
ISBN : 2-08-071035-4

La Puissance romaine dans le regard de Tite-Live

Les derniers livres de l'Histoire romaine de Tite-Live se trouvent rarement en traduction car le manuscrit est corrompu et de nombreux passages sont perdus. Malgré ces lacunes, Annette Flobert a choisi de traduire tout ce qu'on a conservé de l'oeuvre du grand historien de la république romaine, pour lui laisser son unité. Le présent volume offre donc une traduction des cinq derniers livres, qui portent sur la période allant de 178 à 167. Le texte est précédé d'une introduction claire, présentant le contexte historique et la méthode de Tite-Live ; en fin de volume, des cartes, un répertoire des personnages cités, plusieurs chronologies donnent au lecteur des repères utiles. Une bibliographie est à la disposition du lecteur désireux d’approfondir ses connaissances et un index des noms géographiques, portant sur l'ensemble de l'Histoire romaine, facilite la consultation de l'oeuvre.

Le lecteur aura plaisir à parcourir d'un bout à l'autre la traduction proposée par Annette Flobert, agréable à lire, agrémentée de notes explicatives. Dans ces derniers livres comme dans les précédents, Tite-Live présente les événements année par année. L'oeuvre est ainsi scandée par l'élection annuelle des différents magistrats romains. Ces élections s'accompagnent souvent de rumeurs sur des prodiges dans lesquels certains voient des présages néfastes. On signale ici la naissance d’un enfant difforme, là, des chutes de pierres; ailleurs, une vache a parlé. Il revient aux nouveaux magistrats de conjurer ces prodiges par des prières, des sacrifices, pour se rendre les dieux favorables.

La période à laquelle sont consacrés ces livres est celle où Rome a déjà commencé à étendre sa domination hors de l’Italie, à l’occasion des deux premières guerres puniques. À la suite de l’alliance d’Hannibal avec Philippe V de Macédoine, Rome a eu l’occasion d’intervenir également en Méditerranée orientale, en Grèce et en Asie où, après avoir vaincu Philippe V, elle a remporté la victoire sur le Séleucide Antiochos III. C’est pourquoi, dans ces derniers livres de l’Histoire romaine, l’Urbs apparaît comme l’arbitre de la Méditerranée.

L’empire ne connaît pas encore son extension maximale, mais déjà les affaires d’Égypte comme celle de l’Espagne se règlent à Rome. Les ambassadeurs de cités grecques, de peuples barbares des Gaules ou de Numidie, se bousculent devant les sénateurs pour leur demander aide ou indulgence. Les rois hellénistiques eux-mêmes viennent parfois en personne plaider leur cause et Tite-Live laisse souvent transparaître dans ses propos l’hostilité et le mépris des Romains à l’égard des rois, présentés comme veules et indignes de leur charge. Face à eux, les généraux romains se montrent pleins de grandeur d’âme.

Tite-Live évoque tous les aspects de l’histoire de Rome, la politique intérieure et tous les champs d’opération de la politique extérieure. On voit un camp romain pris par l’ennemi en Istrie, puis reconquis grâce à la conduite exemplaire des soldats ; en Macédoine, la descente d’une montagne fait souffrir les éléphants, que l’on est obligé finalement de faire glisser sur des planches dans le lit de la rivière ; Tite-Live nous fait partager la tension à son comble à la veille de la bataille de Pydna, tout comme la fierté de la victoire.

Derrière cette diversité, la trame de ces derniers livres est constituée par le récit de la guerre contre Persée, le fils de Philippe V. Ce sont d’abord des soupçons et des rumeurs qui se développent, accusant le roi de préparer la guerre contre Rome, de chercher par tous les moyens à contourner le traité de paix. Tout se cristallise lors de la tentative d’assassinat d’Eumène II, roi de Pergame et allié de Rome, dans le sanctuaire de Delphes. Eumène vient à Rome accuser Persée. Malgré les justifications que Persée donne de sa politique, l’appel à ne pas croire des rumeurs, c’est la guerre et, très rapidement, la victoire romaine de Pydna.

Persée tente de se réfugier dans le sanctuaire de Samothrace mais multiplie les erreurs, est obligé de fuir et finalement est livré aux Romains. C’est l’humiliation du roi. Face à lui, son vainqueur Paul-Émile montre une grande noblesse, respectant l’ennemi et appelant ses compagnons à méditer sur les vicissitudes de la vie humaine. Pourtant, le triomphe ne sera pas accordé à Paul-Émile lors de son retour à Rome. "Seule la médiocrité échappe à la jalousie", commente Tite-Live. La victoire sur Persée entraîne le démembrement de la Macédoine, contraire à son histoire, mais l’historien romain tente pourtant de le justifier. En même temps, à l’issue de la guerre, apparaissent déjà les tensions entre Rome et ses anciens alliés, la cité de Rhodes et le roi Eumène II de Pergame. L’impérialisme romain ne se contentera pas de la Macédoine. Il est déjà clair qu’il porte en germe de nouvelles expansions. Ainsi, le récit de la guerre de Rome contre Persée est-il non seulement une page d’histoire, mais aussi une invitation à méditer sur le droit de la guerre, la justification de celle-ci, la validité de telle ou telle raison invoquée.

Marie-Christine Marcellesi
( Mis en ligne le 04/10/2000 )
Droits de reproduction et de diffusion réservés © Parutions 2019



www.parutions.com

(fermer cette fenêtre)