L'actualité du livre
Pocheset Histoire  

Frères de tranchées
de Rémy Cazals , Marc Ferro , Malcolm Brown et Olaf Mueller
Perrin - Tempus 2006 /  8.50 €- 55.68  ffr. / 324 pages
ISBN : 2-262-02599-1
FORMAT : 11,0cm x 18,0cm

Premire parution en octobre 2005 (Perrin)

Voir aussi :
Carion Christian, Joyeux Nol, Perrin Octobre 2005, 177 p., 14 , 13,5cm x 20,5cm, ISBN : 2-262-02400-6.

L'auteur du compte rendu : Thrse Krempp mne une recherche en doctorat l'Ecole des hautes tudes en sciences sociales sur l'arme franaise d'Orient pendant la Premire Guerre mondiale. Avec Jean-Nol Grandhomme, elle a publi Charles de Rose, pionnier de l'aviation de chasse (ditions de la Nue Bleue, septembre 2003).


Trèves et fraternisations

Rcemment mis lhonneur par le film Joyeux Nol de Christian Carion, le thme des fraternisations de tranches pendant la Premire Guerre mondiale navait jamais fait lobjet dune tude approfondie en France. Ces pisodes ont t bien tudis par les chercheurs anglo-saxons, mais il manquait assurment un ouvrage en franais qui en retrace l'histoire. Cest dsormais chose faite avec louvrage collectif prsid par Marc Ferro, codirecteur des Annales et directeur dtudes lEcole des hautes tudes en sciences sociales.

Cet ouvrage, divis en quatre grands chapitres, propose autant de contributions qui prsentent le point de vue anglais (tudi par Malcolm Brown), ainsi que les points de vue franais (Rmy Cazals), allemand / italien (Olaf Mueller) et russe (Marc Ferro). Chacun de ces historiens sappuie largement sur la correspondance des hommes et nous prsente ces fraternisations telles quelles ont t perues par les soldats et par les officiers.

Malcolm Brown, dans le premier chapitre, sattache plus particulirement la priode de Nol 1914 et aux fraternisations sur le front occup par le corps expditionnaire anglais. La trve des soldats tait encore, selon lauteur, une tradition bien ancre dans la culture des combattants. La veille et le jour de Nol, des concerts furent improviss dans les tranches, puis les soldats anglais et allemands sont sortis sur le no mans land qui sparait les tranches adverses, discutrent, changrent des cadeaux (tabacs, cigarettes, chocolat entre autres), burent un verre, partagrent les offices religieux. Initis de faon spontane par les hommes, les cas dentente avec lennemi semblent avoir t sporadiques et variables dans leur intensit ainsi que dans leur dure (certains se prolongrent jusquaux mois de janvier et de fvrier). Prsente dans diffrents journeaux anglais, la trve de Nol ne donna lieu aucun procs en cours martiale.

Le deuxime chapitre de louvrage prsente une tude des fraternisations entre Franais et Allemands durant toute la dure de la guerre. Frquemment imposes par les intempries et linondation des tranches, ces fraternisations sont, en gnral, plutt considrer comme des petits gestes de non-agression. Dans certains secteurs, Franais et Allemands conclurent une trve temporaire pour consolider les tranches et enterrer les morts. On laissait aussi parfois ladversaire allumer un feu pour se rchauffer. Lexemple le plus frappant reste celui des attaques et des mines : les soldats prvenaient ceux den face de lheure des attaques ou de lheure laquelle ils feraient sauter les mines. La hirarchie militaire tenta de minimiser voire docculter ces faits. Rmy Cazals montre bien que ces trves taient avant tout une raction de simple bon sens correspondant au concept du vivre et laisser vivre. Selon lui elles participrent de leffort gnral de sociabilit pour chapper lensauvagement.

Apres une vocation des fraternisations sur le front italien et des procs militaires qui en dcoulrent, Olaf Mueller tudie la vision allemande. Lauteur commence par prsenter diffrentes ractions de la justice militaire, puis relate les fraternisations de Nol et des jours de ftes. Il voque galement les diffrents moyens de rentrer en contact avec les tranches adverses et conclut en sinterrogeant sur la place prise par ces souvenirs dans les associations pacifistes de vtrans dans lentre-deux-guerres.

Dans le dernier chapitre de louvrage, Marc Ferro voque rapidement les fraternisations du ct russe partir de 1917, fraternisations qui revtent un caractre assez particulier puisquelles sont lies la rvolution russe. Sous-jacent jusque-l, le dsir de trve se rvle dans toute son intensit lors du soulvement de Petrograd (23-27 fvrier 1917). Les fraternisations qui, avant cette date, ne portaient que sur le statut du combattant, acquirent alors une signification politique trs forte que vint renforcer le mot dordre de Lnine : Paix immdiate, tout le pouvoir aux Soviets. La hirarchie militaire condamna fortement les fraternisations mais cette attitude contribua augmenter le nombre des mutineries.

Cet ouvrage nous propose ainsi une tude fort intressante qui permet de faire mieux connatre en France les fraternisations de tranches telles quelles ont t perues par les diffrents adversaires de la Premire Guerre mondiale.

Thérèse Krempp
( Mis en ligne le 25/10/2006 )
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