L'actualité du livre
Pocheset Science-fiction  

Les Tours de Samarante
de Norbert Merjagnan
Gallimard - Folio SF 2011 /  7.30 €- 47.82  ffr. / 390 pages
ISBN : 978-2-07-044128-0
FORMAT : 11cm x 18 cm

Première publication en mars 2008 (Denoël - Lunes d'encre)

Finalement, captivant

«Les commencements, écrit Irulan, la princesse historienne de Dune, sont toujours des moments difficiles». Les cinquante premières pages des Tours de Samarante en administrent une nouvelle démonstration : le lecteur se trouve directement propulsé dans trois intrigues où agissent trois personnages différents, sans lien entre eux, et sans que rien n’ait été présenté de l’univers où ils évoluent. D’autres auteurs de science-fiction, qui ont davantage pitié de leur public, usent d’artifices pédagogiques pour entrer en matière : extraits de chroniques, pages de guide touristique, notice géographique et sociale des mondes nouveaux que l’on se propose de traverser. Ici, rien de tel. Il y a un bien un lexique explicatif… mais il est à la fin du livre.

A la déconvenue qu’impose ce départ abrupt, s’ajoute l’insatisfaction de retrouver dans l’univers de Norbert Merjagnan bien des paysages, des personnages et des données devenus fort ordinaires : sa planète désertique fait penser à Arrakis ou à Tatouine ; ses clones, ses mutants, ses devineresses, ses hommes-machines et ses machines très humaines ramènent à Planète interdite ou à 2001 L’Odyssée de l’Espace. Quant à l’idée du Seuil – ce moment de l’histoire qui verrait une transformation subite de l’humanité par une révolution génétique –, c’est un concept commun à beaucoup de romans de science-fiction et à certains mouvements sectaires, un concept popularisé au-delà de la SF par un écrivain comme Michel Houellebecq.

Heureusement, une fois passées les cinquante premières pages, les méchants arrivent, et tout s’arrange. Les personnages prennent chair, l’intrigue se noue, le paysage de Samarante se dessine plus nettement. De vieux et puissants ressorts romanesques entrent en jeu et fonctionnent à merveille : recherche des origines, vengeance familiale, lutte pour le pouvoir. Le récit est servi par une langue originale, énergique, exempte de clichés.

Dans un univers déterminé par la technologie et la génétique – est-il si différend du nôtre ? – les héros, qu’ils soient guerrier, clone ou créature artificielle, luttent pour leur liberté comme individus, et leur combat se fond dans le cadre plus vaste des luttes entre cités d’une fédération dont Samarante est membre. La violence, omniprésente, éclate en scène d’assaut ou de corps à corps particulièrement réussies. Mais l’humour n’est pas absent et vient heureusement tempérer ce que le propos pourrait avoir d’excessivement âpre.

Arrivé au cœur du roman, l’impression défavorable du commencement est entièrement dissipée. Le lecteur est captivé jusqu’à la dernière ligne. La dernière ? Non pas, car Les Tours de Samarante appellent évidemment une suite, une saga où le talent de Norbert Merjagnan donnera toute sa mesure, peut-être un pendant français au fameux cycle de Dune.

Thierry Sarmant
( Mis en ligne le 25/07/2011 )
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