L'actualité du livre
Bande dessinéeet Policier - Thriller  

Jessica Blandy, tome 18 - Le contrat Jessica
de Jean Dufaux et Renaud
Dupuis 2000 /  8.7 €- 56.99  ffr. / 48 pages
ISBN : 2-8001-3041-5
FORMAT : 22 X 31

Des ficelles plus grosses que les strings

Imaginez la scène : Jessica débarque à poil chez les Mexicains, qui la reçoivent fort civilement, avant qu'elle ne file, dans le même costume, au volant de sa Ferrari décapotable. Le lecteur scrupuleux s'empresse de vérifier et me rétorque que, d'abord, ça n'est pas comme ça que ça se passe, et qu'ensuite, elle n'est même pas à poil. Que répliquer ? Elle a bien, vaguement, emprunté un short chez Baby-Gap, et elle porte un gant de toilette en guise de chemise. Et aucun des gars du bar ne bronche ! Moi, je veux bien, mais ça ne paraît pas très vraisemblable, rue Marx-Dormoy, dans cette tenue...

Là, le lecteur me rappelle avec bon sens que, justement, ça se passe au Mexique ! Et puis, on ne demande pas à Jessica Blandy de faire dans le réalisme, les références... Le chroniqueur s'empare de l'occasion pour placer alors l'attaque qu'il espère ultime, parce que justement, en terme de références, il y en a une qui s'impose, c'est SAS...

Le lecteur est consciencieux, et là, il n'a rien à en dire. D'ailleurs, il n'en a jamais lu. Mais notez bien, fait-il remarquer, qu'il n'y a pas de scène de coucherie. On se demande d'ailleurs ce qui retient cette pauvre Jessica, parce que la scène d'après, toujours dans son crasseux village mexicain, elle a rendez-vous avec Salina, une mère maquerelle de ses amies (authentique, ndlr), sorte de Madonna (mais pourquoi tous ces prénoms en a ?) qui se promène en bottes de cuir et soutien-gorge violet.

Et après ? Le lecteur n'entend pas s'en faire conter davantage. Ce qui lui plaît, à lui, dans cette série, c'est la confrontation entre la laideur, la violence du monde et la beauté sculpturale des femmes. D'ailleurs, il a acheté les dix-sept premiers tomes, il ne va pas s'arrêter maintenant.
De fait, la longévité de la série repose sur des arguments convaincants: le dessin est de très bonne tenue et les couleurs, très travaillées, ne pâtissent pas de l'impression. Le beau travail de Renaud est ici récompensé par un effort efficace de l'éditeur, ce qui doit être souligné. Le scénario est conforme à ce qu'en attendent les amateurs du genre, le rythme est soutenu, grâce, notamment, à une judicieuse utilisation du montage parallèle. Et l'histoire est habile, trop habile même sur un point : pour pimenter une poursuite qui commence à s'éterniser, les auteurs ont imaginé qu’un nouveau danger planait sur Jessica. A la suite de tractations compliquées, "la blonde héroïne" doit passer la nuit avec un richissime protecteur. Mais celui-ci est malade, nous dit-on, "très malade..." Au cas où vous n'auriez pas compris.

Mais le pire est encore à venir, après cette utilisation du SIDA comme ultima ratio du scénario-cul ("attention, c'est du sérieux, on est dans le tragique ici") Le pire, c'est la touche moralisatrice qui vient dessus : le malade au grand coeur qui, condamné pour condamné, va déquiller tous les méchants (on ne vous dira tout de même pas comment). On ne fait probablement pas de bonne BD avec de bons sentiments, mais on n'en fait pas davantage avec du sentimentalisme camouflé derrière des oripeaux aussi transparents que les chemises de Jessica.

Nicolas Balaresque
( Mis en ligne le 16/11/2000 )
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