L'actualité du livre
Bande dessinéeet Policier - Thriller  

Naja (tome 1)
de Jean-David Morvan et Bengal
Dargaud 2008 /  13 €- 85.15  ffr. / 48 pages
ISBN : 978-2-5050-0359-5
FORMAT : 24x32 cm

Jolie tueuse

Naja, chevelure bleue, coupe pétard, le teint diaphane, la peau zébrée, le regard mort… une tueuse, pas la meilleure au monde, mais la troisième, ce qui n’est pas mal : pas d’états d’âme ni d’affects, de la précision, une organisation impeccable, et une misanthropie qui protège de tout… Une faille, une seule, inattendue : Naja n’éprouve aucune douleur, rien, et son seul frisson sexuel consiste à se faire lacérer… Oui mais dans ce conte de fée, le grand méchant loup peut prendre plusieurs aspects : celui du n°1 de l’organisation de tueuse pour qui elle officie, qui aurait décidé de se débarrasser d’elle, celui d’un protecteur inconnu et pervers, qui la touche en l’humiliant, celui d’un ami d’enfance aussi mal barré, aussi criminel, mais capturé par les autorités et enfermé dans une prison de haute sécurité aux allures de jungle… Elle en a finalement, des faiblesses, la belle Naja : laquelle l’emportera ?

Oyez ! Le nouvel album de Bengal/Morvan, après le surpuissant Meka (Delcourt), déjà très réussi. Cette fois, pas de robots géants ni de huis clos apocalyptique, mais un thriller vaguement surnaturel et futuriste, hommage à Kill Bill (les tueuses aux noms de serpent). Le graphisme de Bengal est constant, impeccable mélange de manga et de style européen, servi frappé pour une héroïne toute de glace. Des lignes froides, un style épuré, sans concession, des corps filiformes, presque enfantins, mais des allures d’adultes sans espoirs, et une dynamique qui explose dans les combats, le mouvement en général, volontairement abstrait. La patte Bengal, que les fans de Meka attendaient. Quant au scénario de Morvan, il commence, habilement (mais on en attendait pas moins de ce scénariste surdoué), flirte avec l’allusif et le vaguement pervers et trouve d’emblée la faille, psychologique, de la tueuse, une faille dans laquelle il s’engouffre avec le lecteur, conquis. Une ambiance étrange, comme détachée des réalités, pour une tueuse si impersonnelle, servie par des couleurs froides et un jeu autour de la monochromie. Un nouveau bon cru de Jean David Morvan, pour les amateurs de thrillers esthétisés. Une série en 5 tomes très prometteuse.

Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 18/05/2008 )
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