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Histoire & Sciences socialeset Poches  

La Chute ou l'Empire de la solitude - 1807-1814
de Dominique de Villepin
Perrin - Tempus 2010 /  11 €- 72.05  ffr. / 584 pages
ISBN : 978-2-262-03201-2
FORMAT : 11cmx18cm

Première publication en août 2008 (Perrin)

L'auteur du compte rendu : Archiviste-paléographe, docteur de l'université de Paris I-Sorbonne, conservateur en chef du patrimoine, Thierry Sarmant a publié Les Demeures du Soleil, Louis XIV, Louvois et la surintendance des Bâtiments du roi (2003), Vauban : l'intelligence du territoire (2006, en collaboration), Les Ministres de la Guerre, 1570-1792 : histoire et dictionnaire biographique (2007, dir.).


L’Empire est fatigué

Avec La Chute, Dominique de Villepin termine la trilogie napoléonienne qu’il avait commencée par la fin (Les Cents-Jours, 2001) et continuée par le début (Le Soleil noir de la puissance, 2007).

Nous sommes dans la période despotique du régime napoléonien. L’Empire est fait, l’Europe est soumise, et le bonapartisme se mue en un néo-absolutisme. Napoléon s’imagine successeur des rois de France et conquérant du monde. Thierry Lentz a donné en 2007 une étude savante de ces années de gloire impériale, qui a été recensée dans ces colonnes.

Il est tentant de voir dans le Napoléon de cette époque une figure de l’éternel vertige de l’hyper-puissance, dont Alexandre, César, Louis XIV ou Hitler seraient d’autres incarnations. Notre ancien premier ministre ne manque pas de procéder à un semblable rapprochement, et dans son tableau de la démesure passée de Napoléon, on reconnaîtra sans peine une image de la démesure contemporaine des États-Unis d’Amérique.

Si le récit est agréablement mené, tissé de citations bien choisies et de formules heureuses, force est de reconnaître que le propos n’a rien de bien original. Le livre se ressent d’une documentation presque exclusivement française ; les sources utilisées sont le plus souvent les souvenirs des grands acteurs français du temps, en sorte que le lecteur familier de l’épopée impériale peinera à trouver ici un fait inédit ou une réflexion neuve. A quelques détails près, La Chute aurait pu être écrite… en 1908.

Comme la plupart des historiens de l’Empire, Dominique de Villepin fait la faute d’écrire une histoire européenne depuis un point de vue parisien. Il semble que les Russes n’ont rien dit de la campagne de 1812, pas plus que les Allemands de celle de 1813. Les auteurs anglo-saxons, qui sont pourtant aujourd’hui les maîtres de l’histoire militaire, sont également passés sous silence.

Pour renouveler l’historiographie française de l’Empire, il est urgent d’explorer des sources inédites ou peu exploitées, d’une part ; de lire les historiens étrangers, de l’autre. C’est ce qu’a fait un concurrent de M. de Villepin, Emmanuel de Waresquiel, dans un livre paru presque en même temps que cet Empire de la Solitude : Cent Jours. La tentation de l'impossible (Fayard).

Thierry Sarmant
( Mis en ligne le 19/01/2010 )
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