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Histoire & Sciences socialeset Poches  

La Mort de Napoléon - Mythes, légendes et mystère
de Thierry Lentz et Jacques Macé
Perrin - Tempus 2021 /  8 €- 52.4  ffr. / 208 pages
FORMAT : 11,0 cm × 18,0 cm

Première publication en avril 2009 (Perrin)

Arsenic et vieilles antiennes

Faut-il exhumer Napoléon ? Faut-il procéder sur la dépouille qui repose sous le dôme des Invalides à des examens destinés à vérifier l'identité du défunt et à comprendre les causes de sa mort ? L'étude de Thierry Lentz, directeur de la Fondation Napoléon, et de Jacques Macé, éminent «saint-héléniste», a pour objet d'apporter à ces questions une réponse fondée sur la critique historique.

Les auteurs reviennent d'abord sur les faits. Ils retracent la geste déjà bien connue de la captivité de l'empereur déchu sur l'île de Sainte-Hélène, de sa mort en 1821, de ses funérailles, de son exhumation en 1840 et de sa ré-inhumation «sur les bords de la Seine», suivant les termes du testament impérial. Thierry Lentz et Jacques Macé examinent ensuite la thèse suivant laquelle Napoléon aurait été assassiné par le moyen du poison. L'accusation est fort ancienne (elle a été lancée dès 1821), mais elle n'a pris de consistance qu'à partir de la parution du livre de Sten Forhufvud, Napoléon a-t-il été empoisonné ? (1961). Ce stomatologiste suédois, se fondant sur les symptômes rapportés par les témoins et sur l'analyse de cheveux prélevés sur la dépouille, concluait à un empoisonnement à l'arsenic. Depuis lors, l'école historique «empoisonniste» multiplie les analyses et les déductions, jusqu'à désigner un assassin : le général de Montholon, un des familiers du captif.

À la thèse de l'empoisonnement s'est ajoutée ou substituée une autre thèse, celle de la substitution des cadavres. Elle est l'oeuvre d'un journaliste, Georges Rétif, qui publia en 1969 un ouvrage intitulé Anglais, rendez-nous Napoléon. Selon cet auteur et ceux qui ont repris ses théories jusqu'à aujourd'hui, ce n'est pas le corps de Napoléon qui repose sous le Dôme, mais celui de Cipriani, un domestique corse de l'empereur, décédé à Sainte-Hélène en 1818. Cette thèse s'appuie sur des divergences entre les différents récits de l'exhumation de 1840, mais échoue à produire un motif plausible à cette étrange manipulation.

En reprenant soigneusement les faits et les argumentations, les auteurs n'ont aucune peine à démolir les affabulations des «empoisonnistes» et des «substitutionnistes». Le seul mystère de Sainte-Hélène, si mystère il y a, est celui de la forte teneur en arsenic retrouvée dans les cheveux de l'empereur : elle peut tenir à de nombreuses autres causes qu'à un assassinat. C'est donc par la négative que Thierry Lentz et Jacques Macé répondent à la question : «faut-il exhumer Napoléon ?»

Au sortir de cette enquête bien menée, on reste pantois devant les torrents d'encre versés et les monceaux de papier noircis pour défendre ou détruire les théories «complotistes» et «conspirationnistes» successives, devant la prodigieuse richesse de l'historiographie anecdotique de Napoléon, par contraste avec la relative pauvreté de l'historiographie scientifique. Le mythe a dévoré l'histoire, une histoire qui reste en fait à écrire.

Thierry Sarmant
( Mis en ligne le 10/05/2021 )
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