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Histoire & Sciences socialeset Poches  

La Rose et l'Edelweiss - Ces ados qui combattaient le nazisme. 1933-1945
de Roger Faligot
La Découverte - Poche 2010 /  12 €- 78.6  ffr. / 382 pages
ISBN : 978-2-7071-6642-5
FORMAT : 12,7cm x 19cm

Première publication en janvier 2009 (La Découverte)

L'auteur du compte rendu : Claire Aslangul est maître de conférences en civilisation de l'Allemagne contemporaine à l'université Paris Sorbonne (Paris IV). Ses travaux portent sur l'histoire des mouvements artistiques, de la culture populaire et de l'image aux XIXe et XXe siècles.


«La guerre en culottes courtes»

Les pirates de l’Edelweiss en Allemagne, le Club Churchill au Danemark, la Main noire en Alsace… Le succès de films comme Les Derniers jours de Sophie Scholl (2006) n’a pas changé grand chose au fait qu’on connaît mal, en France, l’histoire de ces jeunes qui, à travers toute l’Europe, ont organisé les résistances au nazisme entre 1933 et 1945 – des plus «innocentes» et naïves aux plus violentes et efficaces, des plus méprisées aux plus durement réprimées. Roger Faligot nous propose ici de le suivre pas à pas sur les traces de ces acteurs de «la guerre en culottes courtes», dont des témoignages inédits avaient déjà fait l’objet d’une belle publication en 2008 (Philippe Chapleau, Des enfants dans la résistance. 1939-1945, Éditions Ouest-France). S’il choisit lui aussi de rendre la parole aux témoins de l’époque, Faligot met cependant en œuvre une approche très différente : synthétisant les ouvrages écrits sur le sujet dans divers pays et s’appuyant seulement en partie sur du matériau inédit (entretiens, carnets intimes, photographies), il livre, à travers le récit des aventures héroïques (et souvent tragiques) de quelques individus et groupes, un véritable panorama européen des «armées des petites ombres».

Élargissant donc la focale par rapport aux entreprises récentes de micro-histoire, l’ouvrage se présente comme «le premier livre sur le sujet». Son pari – largement tenu – est de faire sortir ces «ados» de l’oubli où les a plongés la «grande Histoire», écrite par une autre génération particulièrement amnésique en matière de jeunesse résistante. On notera cependant qu’en Allemagne par exemple, loin d’être absents de l’historiographie, ces jeunes résistants ont été depuis plusieurs années remis à l’honneur ; cela a souvent fait polémique, dans un contexte de «concurrence des victimes» et de politisation des enjeux mémoriels, de création aussi d’une nouvelle version d’un «roman national» qui fait la part belle aux héros de 1939-45 (voir les controverses à Cologne après la «canonisation» en 2004 des Pirates de l’Edelweiss). De l’oubli à l’hagiographie, il n’y a donc, paradoxalement, qu’un tout petit pas, franchi allègrement de part et d’autre du Rhin… Cet ouvrage a en tout cas le mérite de nous obliger nous aussi à interroger notre regard sur le passé, et de questionner en filigrane les rapports entre histoire, mémoire et politique.

Il n’en reste pas moins que d’un point de vue méthodologique, le livre de Faligot pose un certain nombre de problèmes. Comme avant lui l’ouvrage de Gilles Perrault – qui s’était déjà intéressé au même sujet dans La Mort à quinze ans, entretiens avec André Rossel-Kirschen, 2005 –, il reste le fruit d’une investigation de journaliste et d’une plume de romancier. Œuvre d’un témoin (le père de l’auteur était lui-même un «jeune résistant»), il affiche également des ambitions d’historien – une ambition aussitôt démentie par la regrettable imprécision des références bibliographiques et le manque criant de distance critique vis-à-vis des récits d’anciens membres des mouvements de jeunes (dont plusieurs historiens contemporains invitent pourtant à se méfier).

Ce livre a donc les défauts de ses qualités : son style fluide, son sens de l’anecdote, son langage parfois familier, l’empathie contagieuse de l’auteur pour ses petits héros en font un ouvrage grand public, mais c’est aux dépens de l’analyse précise des sources et de leur exploitation approfondie. S’il ne veut pas être déçu, le lecteur exigeant devra donc prendre ce nécessaire ouvrage pour ce qu’il est : la narration inédite par un conteur au talent certain d’une «poignante épopée», une «fresque composite» davantage qu’une synthèse de facture universitaire. Peut-être fallait-t-il cette dimension émotionnelle (voire romanesque) pour susciter d’autres travaux plus académiques et rigoureux sur le sujet ?

Claire Aslangul
( Mis en ligne le 09/11/2010 )
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