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Histoire & Sciences socialeset   

Les Ponts de Paris

Action artistique de la Ville de Paris 2000 /  44.27 €- 289.97  ffr. / 240 pages
ISBN : 2-913246-05-2

Collectif, sous la direction de Guy Lambert

Les chefs-d’oeuvre de l’art des ingénieurs

A Paris, les ponts passent presque inaperçus : ils n’ont ni le privilège de l’âge, ni celui de la technique, qu’on est obligé d’attribuer à ces fascinants chefs-d’oeuvre de l’art des ingénieurs, le Golden Gate aux Etats-Unis, ou, plus près de nous, les ponts de Tancarville ou de Normandie. Et pourtant, à l’image du Pont-Neuf, achevé sous Henri IV, les ponts de Paris ont chacun une histoire singulière, qui témoigne des étonnantes relations entre un site, une capitale, des commanditaires et des maîtres d’oeuvre.

Jusqu’au début du XVIIè siècle, les Parisiens n’eurent guère que deux itinéraires pour franchir la Seine. Il leur fallait traverser l’île de la Cité, en passant sur des ponts dont les techniques (bois, pierre ou mixte) se sont perfectionnées au fil du temps. La construction du Pont-Neuf, commencée sous Henri III, offrit un troisième itinéraire de franchissement de la Seine, tout en s’inscrivant dans un projet urbain majestueux —la place Dauphine, magnifiée, après le décès d’Henri IV, par la statue équestre de celui-ci—, qui en fit le chef-d’oeuvre des ponts de Paris. Ni le Pont-Marie, qui accompagna en 1614 le lotissement de l’Île-Saint-Louis, ni le Pont Royal, qui vint, à partir de 1685, faire face aux Tuileries, ne soutiennent la comparaison avec le Pont-Neuf.

La construction du pont Louis-XVI, futur pont de la Concorde, par le grand ingénieur Jean-Rodolphe Perronet (1708-1794), fondateur de l’école des Ponts et Chaussées, fit entrer les ponts de Paris dans une ère nouvelle : c’est, selon les mots de Daniel Rabreau, professeur à la Sorbonne, pour la première fois, "un pont d’ingénieur, merveille d’audace technique et de proportion harmonieuse", dont le classicisme s’oppose à la décoration d’un symbolisme colossal proposée, pour le même ouvrage, par l’architecte Etienne-Louis Boullée.

Avec le XIXè siècle, les ponts témoignent du progrès incessant des techniques. Grâce au système des concessions, ils se multiplient. Michaël Darin, professeur à l’école d’architecture de Versailles, explique que les entrepreneurs qui, sous l’Ancien Régime, pouvaient rembourser leur investissement en vendant des maisons construites sur les ponts, se rémunérèrent alors en installant des péages à l’entrée de leurs ouvrages. Mais ce procédé fut rejeté par l’opinion et banni en 1848. Sous le Second Empire, la Ville et l’Etat décidèrent d’assumer leurs responsabilités en construisant ou renouvelant les ponts.

La diversité des techniques offertes, déjà grande au XIXè, ne fit qu’augmenter au siècle suivant, avec l’apparition des ponts en béton armé, béton précontraint, acier soudé… auxquels on peut ajouter les ponts haubannés, heureusement sans exemple à Paris.

Très éclairant sur les questions techniques, comme sur tout ce qui a trait à la définition progressive des métiers d’architecte et d’ingénieur, l’ouvrage dirigé par Guy Lambert, qui réunit archéologues et historiens à la fine fleur des ingénieurs des Ponts et Chaussées, présente à la fois une longue synthèse de l’évolution des ponts de Paris, et une courte monographie de chacun d’entre eux, ce qui rend sa consultation aisée. On regrettera cependant qu’il pêche par de nombreuses redites, et une certaine absence de coordination entre les auteurs : de l’un à l’autre, Paris possède aujourd’hui 36, 37 ou même 38 ponts…

Jean-Philippe Dumas
( Mis en ligne le 27/07/2000 )
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