L'actualité du livre
Histoire & Sciences socialeset Antiquité & préhistoire  

Le Soldat romain - A la fin de la République et sous le Haut-Empire
de François Gilbert et Christian Goudineau
Errance 2004 /  29 €- 189.95  ffr. / 191 pages
ISBN : 2-87772-289-9
FORMAT : 19x28 cm

Lauteur du compte rendu : Christophe Badel, professeur d'histoire romaine l'Universit de Rennes II, est un spcialiste des structures politiques et sociales de la Rome impriale. Il a dirig un recueil de documents, Sources d'histoire romaine, Ier sicle av. J.-C.-dbut du Ve sicle apr. J.-C, (Larousse, 1993), et rdig plusieurs ouvrages lis au programme de l'agrgation et du CAPES (dont L'Empire romain au IIIe sicle aprs J.-C., Textes et documents, SEDES, 1998).

Centurions en chair et en os

Le public franais dispose du bel ouvrage de Y. Le Bohec sur l'arme romaine (Picard, 1989) mais aucun ouvrage rcent n'tait consacr au soldat romain. Cette approche, plus concrte, connat au contraire une grande faveur dans le monde anglo-saxon, o l'histoire militaire a toujours conserv un grand dynamisme. A sa manire, l'ouvrage de F. Gilbert comble cette lacune, dans un esprit rsolument attach aux ralits quotidiennes. L'auteur n'est pas en effet un universitaire mais l'animateur d'une association, Pax Augusta, qui se consacre la reconstitution de la vie du soldat romain. Sur le modle des associations anglaises ou allemandes, les adhrents de Pax Augusta revtent rgulirement la cuirasse du lgionnaire pour partager la vie des camps ou mener des manuvres. La couverture du livre prsente d'ailleurs l'auteur comme un centurion de la lgion Alaudae ("Alouette"), unit cre par Csar, que son association a voulu ressusciter.

De telles reconstitutions n'ont rien de folklorique mais s'appuient sur un travail minutieux de documentation afin d'tre le plus fidles possible la ralit. Cette exprience concrte irrigue le livre et lui confre son originalit. La qualit scientifique du travail a reu l'aval de C. Goudineau, professeur au Collge de France, qui a rdig la prface du livre. L'origine de l'entreprise apparat clairement dans l'illustration qui est constitue, pour l'essentiel, de photographies prises lors des manuvres de Pax Augusta ou d'associations similaires. Le lecteur peut ainsi contempler des centurions ou des porteurs d'enseignes "en chair et en os". La confrontation avec la documentation iconographique d'poque romaine, beaucoup plus rare, permet de vrifier l'authenticit des reconstitutions.

Aprs un chapitre introductif sur l'volution de l'arme romaine, D. Gilbert entre dans le vif du sujet en voquant l'entre sous les drapeaux puis l'quipement. Concernant le second point, les exprimentations de Pax Augusta, dont nous avons les rsultats photographiques, se rvlent fort clairantes. Elles permettent ainsi de se faire une ide plus prcise de la fameuse lorica segmentata, la cuirasse articule, faite de bandes de mtal concentriques relies par un systme de sangles et de charnires. Connue par la Colonne Trajane, elle a laiss certains chercheurs perplexes sur son caractre pratique et sa diffusion relle. voir les volutions des "soldats" de Pax Augusta, elle parat tout fait adapte aux oprations militaires. Un chapitre sur la hirarchie militaire clt ce premier temps de l'ouvrage.

La vie quotidienne du soldat occupe la deuxime partie du livre, dans le camp d'abord - avec l'arrive au corps et la vie de garnison -, en campagne ensuite, ce qui permet de traiter le droulement des batailles. L'auteur insiste avec raison sur le rle des enseignes dans l'esprit de corps des diverses units. Dans l'organisation logistique, il montre - c'est un point original - le rle des valets qui assistaient les lgionnaires dans toutes les tches matrielles. en croire Plutarque (Csar, LXII, 3), chaque soldat en aurait dispos d'un mais cette information cadre mal avec la dimension et l'organisation des camps. Ils taient sans doute moins nombreux et couchaient dans la mme tente que leur "matre". Ce genre de rflexion illustre l'apport prcieux d'une approche concrte des problmes militaires. Un chapitre sur la fin du service fait fonction de conclusion.

Comme l'a montr l'exemple des valets, le raisonnement de l'auteur s'appuie classiquement sur la confrontation des sources littraires et archologiques. Les leons tires des exprimentations pratiques de l'association Pax Augusta sont finalement peu voques mme s'il est bien vident qu'elles faonnent la vision des problmes par l'auteur. Elles influencent aussi celle du lecteur puisque les photographies de l'association donnent corps aux pratiques dcrites par le texte. En dpit du srieux des reconstitutions, ces illustrations posent un vrai problme scientifique puisque toute reconstitution suppose une part d'interprtation, tributaire de l'poque o elle s'inscrit. F. Gilbert rejette les drives hollywoodiennes mais son travail de "rsurrection" est-il l'abri des mmes dangers ? Ainsi, ses soldats semblent reproduire spontanment les gestes modernes alors que les gestes ont une histoire, actuellement en plein dveloppement. Loin d'tre une critique, cette remarque ne fait que souligner l'intrt de son entreprise.

Christophe Badel
( Mis en ligne le 05/01/2005 )
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