L'actualité du livre
Histoire & Sciences socialeset Antiquité & préhistoire  

Censeurs et publicains - Economie et fiscalité dans la Rome antique
de Claude Nicolet
Fayard 1994 /  27.48 €- 179.99  ffr. / 500 pages
ISBN : 2-213-60296-4

Un système politique face à ses conséquences économiques

Les historiens ont longtemps considr qu’il tait impossible de faire une histoire conomique de l’Antiquit, et cela pour deux raisons : d’une part, les sources s’y prtent mal car les Anciens abordaient peu les questions qui font partie pour nous du domaine conomique, si bien qu’on manque cruellement de chiffres ; d’autre part, la structure mme des socits antiques, profondment diffrente de la ntre, relverait d’un tat sans rapport avec ce que nous qualifions d’conomie. Claude Nicolet s’lve contre une telle conception et revendique le droit d’crire une histoire conomique de l’Antiquit sans pour autant nier les difficults. travers ce recueil d’articles, il choisit d’aborder avant tout les questions conomiques et sociales dans la Rome antique, par le biais du lien troit entre politique et conomie caractristique de la socit romaine comme d’autres socits anciennes.

Il commence par dgager les fondements idologiques de la socit romaine dans leur lien avec l’conomie. La socit romaine est une socit censitaire o l’exercice des droits politiques est soumis un niveau de fortune, et plus prcisment la proprit terrienne. Le systme timocratique romain incite donc chercher de nouveaux territoires exploiter. Claude Nicolet analyse les justifications idologiques de ce systme, montre leur lien avec la philosophie politique grecque. Il passe en revue les divers aspects de la fiscalit, elle aussi troitement lie la terre, la manire dont est finance l’arme romaine et fait apparatre finalement le lien entre les structures politico-sociales et l’histoire de la conqute. Au cours de cette histoire, l’Italie a d’abord t dans une situation d’infriorit par rapport au centre, la ville de Rome, mais les allis italiens surent conqurir lors de la guerre sociale les privilges fiscaux accords aux citoyens romains, si bien que l’Italie jouit ensuite, au sein de l’empire, d’un statut juridique particulier.

Le systme censitaire suppose une valuation des patrimoines, fonde en l’occurrence sur la monnaie. La thorie de la monnaie, qui n’est exprime que tardivement Rome, au dbut de l’Empire, s’inscrit dans la ligne de la conception aristotlicienne. Dans la dfinition des classes censitaires, on peroit des volutions que l’on peut comparer aux diverses rformes montaires. Cependant, si l’on constate un accroissement des fortunes, il est difficile de dire s’il correspond une inflation gnrale ou une concentration des richesses. Plus qu’un indice conomique, la dfinition des classes censitaires apparat comme un indice politique. quel moment a t introduit le cens snatorial ? Comment se faisait le recensement, de manire centralise ou au contraire dconcentre ?

Les exigences statistiques se retrouvent dans le domaine de l’approvisionnement, problme conomique essentiel Rome comme dans de nombreuses cits antiques. Rome a en effet t confronte la ncessit de "nourrir la plbe", thme que l’on rencontre frquemment dans les discours des hommes politiques. Une lgislation a t mise en place dans ce but relativement tt Rome, et fut reprise ensuite dans d’autres rgions de l’empire. Il tait donc ncessaire de connatre prcisment les ressources en bl des diffrentes provinces, de Sicile, d’Asie.... Le ravitaillement de la plbe tait assur par l’intermdiaire de la fiscalit. Cela explique le rle essentiel des socits de publicains, entreprises prives qui traitaient avec l’tat romain pour prendre ferme la plupart des revenus publics. Une inscription exceptionnelle, un rglement douanier trouv phse, concernant la province d’Asie, et dont Claude Nicolet fait une explication dtaille, permet de mieux comprendre le fonctionnement de ces socits et la nature des oprations effectues.

On le voit, ce beau livre aborde des questions essentielles pour comprendre le fonctionnement de la Rpublique romaine, puis de l’empire, travers un point de vue moderne qui aiguise l’intrt du lecteur et lui permet de partager l’rudition de l’auteur.

Marie-Christine Marcellesi
( Mis en ligne le 14/03/2001 )
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