L'actualité du livre
Histoire & Sciences socialeset Période Moderne  

La Ville promise - Mobilité et accueil à Paris (fin XVIIème-début XIXème siècle)
de Daniel Roche et Collectif
Fayard 2000 /  26.72 €- 175.02  ffr. / 438 pages
ISBN : 2-213-60647-1

Un Paris contrasté

Louis Chevalier, cit par Daniel Roche, nous a laiss une image somme toute valable d’un Paris "avant la Rvolution, ville stable, l’augmentation lente, due essentiellement au crot naturel des populations". Les sources subsistantes, trs lacunaires, ne permettent gure de rectifier ce canevas ancien et malheureusement imprcis, qui condamne les dmographes ne disposer pour la capitale que de sries infrieures celles tablies, pour la mme priode, dans des villes comme Caen ou Rouen. L’historiographie parisienne semble d’ailleurs s’tre accommode de cet tat de fait, en concentrant ses travaux sur des tudes pionnires consacres aux pratiques et la culture de la population parisienne, dont Daniel Roche a maintes fois forg le modle.

En se proposant d’tudier la "mobilit et l’accueil Paris" entre la fin du XVII et le dbut du XIX sicle, les auteurs de la Ville promise entendent revenir sur ce constat leurs yeux un peu dfaitiste, et, pour certains d’entre eux, dmontrer la possibilit de rcrire, grce une nouvelle approche des sources, l’histoire dmographique de la capitale. L’tude des garnis, des logeurs, des trangers, doivent permettre de revaloriser selon eux la place des migrants dans l’histoire de Paris, dbouchant sur un portrait certes partiel, mais plus fidle de sa population.

Cet ambitieux dfi est-il tenu ? Si l’on ne peut qu’admirer le travail de relecture de toutes les sources synthtiques (rapports de police, recensement des trangers, guides) effectu l’occasion de cet ouvrage, il faut pourtant, l’issue d’une lecture souvent fastidieuse, rarement gaye d’une anecdote, s’affirmer du d’une mthode qui est, au total, loin de tenir toutes ses promesses : sauf de faon ponctuelle, l’assemblage de registres lacunaires, de recensements partiels, combins de trop rares sondages dans les sources notariales, judiciaires ou fiscales ne permet gure de combler les documents disparus, et en tout cas ne donne pas une vision un tant soit peu gnrale de l’histoire de la population parisienne sous l’Ancien Rgime.

La Ville promise contient pourtant de nombreuses analyses intressantes, et le lecteur gotera, comme toujours, les contributions abondamment documentes de Daniel Roche, dans lesquelles l’Histoire s’lve encore, grce une comprhension extrmement fine de la psychologie d’Ancien Rgime et un art consomm de la langue, au rang de genre littraire. Il risque toutefois d’tre rebut par la ncessit de devoir piocher les notations expertes au fil de pages abondamment consacres la description des sources, de nombreux tableaux statistiques, de dveloppements qui n’auraient sans doute jamais d quitter les revues spcialises, o la taille des articles est opportunment limite pour forcer les auteurs la concision.

L’absence de prsentation unique et cohrente du sujet (contexte institutionnel, tat des sources, analyses…), comme celle de coordination entre les auteurs, amne le lecteur relire, chaque fois que la plume change de main, les mmes dveloppements sur une histoire finalement assez simple, celle de la police Paris sous l’Ancien Rgime, qui sert de toile de fond la plupart des sources exploites. L’examen du travail de la police amne les auteurs dcrire l’enchevtrement des comptences administratives entre commissaires et inspecteurs, dtailler un systme idal de "contrle" des garnis, tellement ambitieux qu’il est impossible mettre en oeuvre et n’est raviv que pendant les priodes de troubles, un systme qui a l’efficacit de l’arbitraire mais o l’importance des pouvoirs attribus aux reprsentants du roi ne suffit pas pallier les lacunes de l’organisation.

Cette description serait pleinement valable si elle n’tait trop souvent accompagne d’interprtations la Michel Foucault sur la "culture policire du soupon" qui reviennent priodiquement comme de naves rengaines, au point qu’ l’occasion de telle minime erreur de dtail, on en vient douter de la manire dont certains auteurs mettent en oeuvre leurs connaissances : est-il ainsi exact d’affirmer que le "mtier de la porcelaine s’est largement vulgaris (sic)" au temps de Louis XVI, ce qui expliquerait le peu d’ouvriers trangers dans cette branche Paris, alors que justement la ncessit du privilge royal amenait limiter l’extrme la diffusion de cette technique, et que la prsence de quelques "Allemands" venus exercer cette spcialit, semble prcisment dmontrer, l’inverse de ce que parat avancer l’auteur, la dpendance toujours relle de la manufacture de Svres l’gard de l’tranger ?

Jean-Philippe Dumas
( Mis en ligne le 20/10/2000 )
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