L'actualité du livre
Histoire & Sciences socialeset Période Contemporaine  

La Monarchie de Juillet - 1830-1848
de Gabriel de Broglie
Fayard 2011 /  26 €- 170.3  ffr. / 462 pages
ISBN : 978-2-213-66250-3
FORMAT : 15,3cm x 23,5cm

L'auteur du compte rendu : Alexis Fourmont a étudié les sciences politiques des deux côtés du Rhin.

«Le trône n’est pas un fauteuil vide»

«Parce que Bourbon» ou «quoique Bourbon» ? Telle est la lancinante interrogation qui agita les esprits des contemporains de Louis-Philippe, lequel accéda au pouvoir suprême à la suite des Trois Glorieuses, ces journées révolutionnaires des 27, 28 et 29 juillet 1830. S’opéra à cette occasion un changement de dynastie, comme l’indique Gabriel de Broglie dans son bel et érudit ouvrage intitulé La Monarchie de Juillet. Naturellement, cette sorte de 1688 à la française ne manqua pas de susciter l’ire des légitimistes brocardant à l’envi la «quasi-légitimité» du monarque usurpateur (pp.52-54) ainsi que l’animosité des républicains, lesquels reprochèrent à Louis-Philippe d’avoir confisqué la révolution.

Le «roi des barricades», qui avait naguère brillé lors des guerres révolutionnaires à Valmy et Jemmapes, entendait fonder rien de moins qu’une dynastie. En effet, explique l’auteur, «l’histoire a montré que la monarchie était pour les grandes nations une forme préférable à toutes les expériences que la France vient de tenter». Si la mort du duc d’Orléans – l’un des fils du roi - menaça sérieusement la survie de la dynastie naissante, l’ambition des dignitaires de la monarchie de Juillet était bel et bien de doter la France nouvelle d’un «régime adapté aux conditions de l’époque, un régime libéral, progressiste mais pas trop, parlementaire, pacifiste, bénéficiant du soutien des classes moyennes et de l’entente avec l’Angleterre» (pp.11-12).

La nature du régime était des plus équivoques. Ce dernier ne s’adossait pas exclusivement sur l’ancienne France monarchique. Contrairement aux deux Restaurations précédentes, durant lesquelles la Charte était considérée comme octroyée par le monarque, les prérogatives du chef de l’État découlent sous la monarchie de Juillet de la souveraineté du peuple, même si celle-ci s’exprime par le biais de ses représentants. Les plus radicaux entendaient faire prévaloir des institutions quasiment républicaines. La Fayette, qui adouba Louis-Philippe le 30 juillet à l’Hôtel-de-ville, déclara à cet égard que le régime de Juillet constituait la «meilleure des républiques» (p.54).

Non plus roi de France, mais roi des Français, Louis-Philippe avança que «la Charte sera désormais une vérité» (p.10). Sous la monarchie de Juillet, la France reprit en outre ses couleurs : bleu-blanc-rouge. Affichant sa simplicité, Louis-Philippe troqua le parapluie pour le spectre et allégea sensiblement l’étiquette. Fort habilement, le fils de Philippe-Égalité utilisa par ailleurs tous les pans de l’histoire de France. L’esprit de juillet – ce «mouvement, ce sursaut, cet élan ou plutôt ce tourbillon» qui venait de balayer l’antique monarchie française - visait «avant tout l’accomplissement plein et entier de la Révolution de 1789-1791, l’achèvement assumé d’une grande mutation sociale et institutionnelle et, en quelque sorte, la fin de l’histoire avec une France nouvelle, moderne, soumise au magistère d’intellectuels responsables» (p.40).

Le régime établi par celui que les légitimistes moquaient sous le nom de «Fipp Ier, roi du boulevard» (p.59) était certes contesté par les républicains et les bonapartistes, mais il permit à la France de réaliser un certain nombre d’avancées essentielles. Tiraillé entre les partis du mouvement, de la violence et de la résistance, le parlementarisme s’implanta solidement et progressa. Toutefois, en dépit de l’aphorisme de Thiers selon lequel «le roi règne mais ne gouverne pas», comme le laissait entendre Guizot «le trône n’est pas un fauteuil vide». A cet égard, l’auteur pointe le caractère oligarchique du régime résultant notamment de l’extrême étroitesse du corps électoral, limité pour l’essentiel aux plus fortunés du royaume.

Loin de reprendre la traditionnelle image caricaturale de la monarchie de Juillet, Gabriel de Broglie énumère au fil des pages de ce fort intéressant livre les grandes réussites du régime ainsi que leurs éventuelles limites. Pour ce faire, l’Académicien combine les approches chronologique et surtout thématique. Sur le plan de la littérature et des idées, la production fut foisonnante. Le romantisme émergea peu à peu, de même que les utopies, les socialismes, le saint-simonisme ou le catholicisme libéral. La presse, quant à elle, s’imposa progressivement comme un quatrième pouvoir.

Les bases de l’économie moderne et du «take-off» se mirent également en place, si bien qu’à certaines périodes la croissance économique fut vigoureuse. Toutefois, son ralentissement, puis sa crise allaient devenir le terreau de tensions politiques majeures. Se traduisant par ce que Lamartine tenait pour une véritable «révolution du mépris» (p.386), la crise politique allait emporter le régime et déboucher sur l’éphémère Deuxième République.

Alexis Fourmont
( Mis en ligne le 06/09/2011 )
Droits de reproduction et de diffusion réservés © Parutions 2020
www.parutions.com

(fermer cette fenêtre)