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Politiquement incorrect
de Constantin Melnik
Plon - Tribune libre 1999 /  18.32 €- 120  ffr. / 272 pages
ISBN : 2-259-19080-4

Une vie, des convictions

"Politiquement incorrect", comme "démagogie" ou "fracture sociale", appartient à la longue liste des termes qui, ressassés à outrance, ont perdu toute signification. Autant dire qu'en ouvrant le dernier livre de Constantin Melnik, le lecteur pouvait craindre un sempiternel exercice d'autojustification. D'une certaine façon, se placer hors de la caverne platonicienne, dénoncer les erreurs de la masse fascinée par les ombres qui défilent, relève parfois d'un certain confort intellectuel, si finement diagnostiqué par Marcel Aymé.

Pourtant, Constantin Melnik ne déçoit pas. Confronté dès son enfance aux drames politiques contemporains (son grand-père, Evgueni Botkine, médecin personnel du Tsar Nicolas II, fut assassiné avec son illustre patient à Ekaterinenburg et les survivants de sa famille durent s'exiler à Nice), l'auteur n'a pas eu à fournir l'effort de se hisser hors de l'obscurité rassurante de la caverne: d'emblée, il fut saisi par la lumière (noire) de ce siècle.

Chacun, à l'issue de la lecture de ce livre, éprouvera un sentiment d'agacement, peut-être de colère. Car Constantin Melnik ne fait pas de concession: communistes, socialistes, libéraux, gaullistes, néo-gaullistes, réactionnaires et post-fascistes, tous sont égratignés par la plume, parfois féroce, de l'auteur. A n'en pas douter, il est politiquement incorrect, dans l'acception non galvaudée du terme.

Le tableau est noir. Mais la force de ce texte réside dans l'affirmation de convictions inébranlables, servies par un passé qui en témoigne. Si de larges passages sont consacrés à la guerre d'Algérie (adjoint de Michel Debré, chargé des services spéciaux de 1958 à 1962, l'auteur a alors mené un combat sans merci contre le F.L.N. et l'O.A.S. qui l'a définitivement marqué), le fil directeur de l'ouvrage demeure une réflexion sur le communisme.

Anticommuniste farouche, mais non primaire, Constantin Melnik alimente le récit syncopé de son action contre le "Saint Empire" séculier par des références aux penseurs fondamentaux qui justifient ce combat de quarante années : Clausewitz, Hannah Arendt, Raymond Aron. Cette rencontre entre la théorie et l'action constitue sans doute la richesse majeure de ce brûlot.

Toutefois, une réserve mérite d'être soulignée. Ce livre semble en effet avoir été rédigé à la hâte. En témoigne la structure chaotique de la réflexion qui rend ardue, parfois, le suivi de la pensée de l'auteur. Ce défaut dessert aussi la rigueur de l'argumentation. "Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement", disait Boileau. Si les mots de Constantin Melnik viennent aisément, l'énonciation parfois obscure laisse un certain goût d'inachevé au lecteur.

Homme d'action pendant longtemps, Constantin Melnik acquiert au travers de son ouvrage une dimension d'intellectuel. "Intellectuel engagé" s'il en est, Constantin Melnik n'aurait cependant pas trouvé grâce aux yeux de Jean-Paul Sartre qui, sans doute, le traiterait de "chien".

Guillaume Zeller
( Mis en ligne le 13/08/2001 )
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