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Histoire & Sciences socialeset Biographie  

Szkolnikoff, le plus grand trafiquant de l'Occupation
de Pierre Abramovici
Nouveau monde 2014 /  22 €- 144.1  ffr. / 352 pages
ISBN : 978-2-36583-865-8
FORMAT : 14,2 cm × 22,5 cm

Un Juif collabo

De tout temps, et en particulier en périodes de crises ou de guerres, émergent des profiteurs de tout acabit. Michel Szkolnikoff (1895-1945) fit partie de ceux-là. Homme d'affaires travaillant dans le textile puis dans l'immobilier, il s'enrichit durant l'occupation en travaillant étroitement avec le régime nazi en territoire occupé, devenant ainsi l'un des plus grands escrocs et riches trafiquants des années 40.

L'Occupation vint en fait renflouer les caisses d'un homme qui dès les années 30 vécut confortablement du marché du textile en s'installant dans le quartier du Sentier avec sa firme Textima. Déjà peu coutumier de l'honnêteté professionnelle (il connut très vite quelques soucis avec la police...), il deviend durant les années d'occupation le parfait mondain corrompu, propriétaire de château ou de maisons luxueuses. Puis en 1941, voyant dans l'occupation une chance de développer son commerce, il crée un échange financier unilatéral avec la Kriegsmarine (marine de guerre allemande) avant de comploter directement avec la SS. Il s'engouffre ainsi dans un marché noir avec l'occupant, se spécialisant dans le produit de luxe et récupérant des sommes avoisinant les deux millions de francs par mois.

Il enchaine ses affaires dans l'immobilier où il investit, toujours sous le protectorat nazi, dans des hôtel de luxe à Nice, Cannes, Monaco et Paris (le dossier sur l'affaire du Martinez étant encore ouvert aujourd'hui...). Puis la guerre touche à sa fin et le trafiquant mondain décide d'aller cacher une partie de sa fortune en Espagne, là même où les services secrets français commettent une bavure en l'exécutant de manière plus ou moins accidentelle au lieu de le rapatrier en France pour qu'il soit jugé. On retrouve le cadavre de Szkolnikoff à moitié calciné. Le patrimoine est encore aujourd'hui objet d'enquêtes et de recherches.

Si l'intérêt du livre de Pierre Abramovici, ancien journaliste, est de proposer une lecture détaillée de la vie de Szkolnikoff, plus ou moins restée dans l'ombre depuis 70 ans, on peut lui reprocher de faire un travail d'enquête où les chiffres et le dates se mélangent dans la tête d'un lecteur qui s'attendait davantage à un récit construit et biographique. Rien ou presque sur l'enfance du collaborateur et sa personnalité intime mais dans le désordre, une succession d'affaires, d'échanges et de rapports économiques avec l'occupant. Même sa mort quelque peu trouble et effroyable n'occupe que quelques pages. C'est dommage car la personnalité complexe du trafiquant reste insaisissable, à défaut de ses tractations financières qui occupent toujours nos enquêteurs. Sans doute le caractère curieux de ce personnage amoral méritait que l'on construise un ouvrage de cette manière, c'est-à-dire de façon quelque peu journalistique.

Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 18/02/2014 )
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