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Histoire & Sciences socialeset Biographie  

Hammu-rabi de Babylone
de Dominique Charpin
PUF 2003 /  21 €- 137.55  ffr. / 311 pages
ISBN : 2-13-053963-7
FORMAT : 15x22 cm

L'auteur du compte rendu : Laurent Bricault, docteur en égyptologie (Paris-Sorbonne), est l'auteur d'un Atlas de la diffusion des cultes isiaques (2001) et du Recueil des Inscriptions concernant les cultes isiaques (2003).

Un prince babylonien

Les personnages non bibliques de la Haute Antiquité, qui ont fait souche dans la culture générale de l’honnête homme, sont rares. La plupart sont égyptiens et doivent leur notoriété pluri-millénaire à certains édifices auquel leur nom reste attaché. Aux côtés de Chéops et autres Imhotep prend toutefois place Hammu-rabi de Babylone, dont le nom est presque toujours associé au Code qui porte son nom, l’un des fleurons du Musée du Louvre, où une nouvelle salle lui est désormais consacrée. Toutefois, un siècle après la découverte de la célèbre stèle dans les ruines de Babylone, aucun ouvrage en langue française ne lui avait encore été intégralement consacré. C’est cette lacune que le livre de D. Charpin se propose de combler. Il ne s’agit pas d’une biographie, la vie privée du personnage nous étant pratiquement totalement inconnue, mais plutôt du portrait d’un homme qui est de mieux en mieux connu grâce aux découvertes effectuées à Mari, et notamment à la correspondance qu’il entretint avec le dernier souverain de cet État qu’il finit par conquérir peu avant sa mort.

L’excellente connaissance qu’a l’auteur d’une documentation foisonnante et trop souvent ignorée lui permet, en un style alerte et précis, de mieux pénétrer la personnalité de ce souverain babylonien qui vécut à la fin du XIXe s. et durant la première moitié du XVIIIe s. av. J.-C.
Plutôt qu’un développement purement diachronique, D. Charpin nous propose d’aborder l’homme par trois biais : le conquérant, le politique et l’administrateur. La première partie, chronologique, s’attache à l’écriture d’un demi-siècle d’histoire, entre conquêtes, batailles et destructions, et c’est passionnant. La deuxième, plus complexe, est un beau travail d’histoire politique et diplomatique, aux accents parfois très contemporains, qui tente de démêler les rapports subtils entretenus par les chancelleries mésopotamiennes, et donne à l’homme Hammu-rabi une place de choix, celle d’un conquérant pour qui la paix est au moins aussi importante que la guerre. La troisième, peut-être la plus intéressante, s’organise autour d’une réflexion sur le fonctionnement économique de ces pseudo-« cités-états », et pose la question du rôle de l’économie palatiale dans ce système. Là encore, la méthode de l’auteur et le recul qu’il s’offre face à la documentation brute lui permettent de nuancer des définitions toujours trop monolithiques et une masse documentaire qui pourrait être aveuglante. Au terme d’une analyse assez fine et plutôt convaincante, on ne peut s’empêcher de lui emboîter le pas et de considérer qu’il serait plus pertinent de parler en définitive d’«économie domaniale» que d’«économie palatiale».

De nombreuses figures dans le texte, en noir et blanc hélas, trois cartes seulement, une bibliographie essentielle et un riche glossaire viennent enrichir un volume qui se lit d’une traite. C’est une belle réussite que cet Hammu-rabi et l’on attend maintenant de D. Charpin qu’il nous livre un Samsi-Addu de la même tenue.

Laurent Bricault
( Mis en ligne le 28/01/2004 )
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