L'actualité du livre
Histoire & Sciences socialeset Sociologie / Economie  

Pour Marx
de Louis Althusser
La Découverte - Poche 2005 /  11 €- 72.05  ffr. / 273 pages
ISBN : 2-7071-4714-1
FORMAT : 12,5cm x 19,0cm

Préface d'Etienne Balibar.

L'auteur du compte rendu: Guy Dreux est professeur certifié de Sciences Economiques et Sociales en région parisienne (92). Il est titulaire d'un DEA de sciences politiques sur le retour de l'URSS d'André Gide.


(Re)Lire Marx

Les évolutions du capitalisme contemporain suscitent depuis quelques années déjà de nombreux débats sur la nouvelle actualité de Marx. Bien entendu, il ne suffit pas de reprendre les classiques du marxisme ou les précis officiels pour comprendre le vrai de notre temps. Mais un retour aux textes, textes de Marx mais aussi d'exégèse, ne semble pas inutile. Encore faut-il en disposer ; certains titres aujourd'hui sont en effet quasiment introuvables,Les Luttes de classes en France, par exemple.

Dans sa préface, Etienne Balibar signale bien l'intention et justifie clairement cette réédition : "Tous les marxismes sont devenus imaginaires. Mais parmi eux, quelques-uns, assez différents les uns des autres, et à vrai dire assez peu nombreux, ou représentés par un petit nombre de textes, disposent encore du pouvoir de faire penser et agir, donc de produire des effets réels. Je suis convaincu que le marxisme de Pour Marx est bien de ceux-là – j'allais dire que je le constate." Bel éloge pour un texte qui a paru entre 1961 et 1965, soit entre le XXe congrès de 1956 et le printemps de Prague de 1968.

Mais si la période était à l'évidence marquée par une actualité communiste, il ne faut pas l'imaginer comme un temps d'intenses réflexions et discussions sur les textes de Marx. C'est en tout cas ce qu'affirme Louis Althusser qui va jusqu'à parler d'une "misère française" pour signaler "l'absence tenace, profonde d'une réelle culture théorique dans l'histoire du mouvement ouvrier français." Et de déplorer le peu de théoriciens marxistes en France : "De fait, hormis les utopistes Saint Simon et Fourier, que Marx aime tant à évoquer, hormis Proudhon qui n'était pas marxiste, et Jaurès qui l'était peu, où sont nos théoriciens ?". L'idéologie spontanée du mouvement ouvrier et l'intelligence tactique de la bourgeoisie française, originellement révolutionnaire, qui sut faire une place aux intellectuels (Jaurès est présenté par l'auteur comme typique de ces intellectuels qui, certes, ont su se rallier la classe ouvrière, mais n'ont jamais su se "dépouiller radicalement [de] l'idéologie bourgeoise dont ils étaient marqués") sont les deux raisons avancées par Althusser pour expliquer cette "misère française".

On comprend à lire ces premières lignes que si Althusser sait saisir le moment de la déstalinisation pour ré-interroger le dogme - il annonce la fin du dogmatisme et plaide pour donner "un peu d'existence et de consistance théorique à la philosophie marxiste" - c'est avec une langue et dans une posture de combat. Soucieux de combattre l'idéologie dominante (il définit l'idéologie comme la forme de conscience et d'inconscience dans laquelle les individus vivent imaginairement leur rapport à leurs conditions d'existence), il entend conscientiser les esprits par une lecture serrée de l'œuvre de Marx. Une posture qui s'avèrera pas totalement "dépouillée" d'une histoire qu'il entendait dépasser…

Guy Dreux
( Mis en ligne le 13/03/2006 )
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