L'actualité du livre
Histoire & Sciences socialeset Historiographie  

Soboul
de Claude Mazauric
Albret 2004 /  20 €- 131  ffr. / 256 pages
ISBN :  2-913055-07-9
FORMAT : 16x24 cm

L'auteur du compte rendu: Natalie Petiteau, professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Poitiers, est historienne de la société du XIXe siècle et de la portée des années napoléoniennes. Elle a notamment publié Napoléon, de la mythologie à l'histoire (Seuil, 1999) et Lendemains d'Empire: les soldats de Napoléon dans la France du XIXe siècle (Boutique de l'histoire, 2003).
Elle est par ailleurs responsable éditorial du site http://www.calenda.org.


Albert Soboul : une histoire intellectuelle

Claude Mazauric a tenu ici à consacrer un ouvrage à un historien dont la trace ne s’efface pas, et qui suscite encore, vingt ans après sa disparition, «controverses, approbations enthousiastes ou adhésions raisonnées». Il s’est agi pour lui de retracer avant tout l’itinéraire personnel d’un homme en ce qu’il est représentatif d’une génération d’intellectuels.

Le grand-père d’Albert Soboul s’était inséré finalement dans le tissu social du petit commerce rural. Son père, menuisier, partit en 1908 tenter sa chance dans l’exploitation du sol algérien. Mais Albert, né en 1914, est devenu orphelin de père dès sa naissance, ce qui faisait de lui un pupille de la nation, puis de mère, en 1922. Il grandit dès lors en métropole, élevé par sa tante Marie, professeur à l’école normale de Nîmes, qui joua un rôle important dans sa formation intellectuelle. Elle lui transmet les valeurs laïques et républicaines faisant partie de l’héritage familial, et elle l’engage dans la voie d’études classiques et brillantes qui aboutissent à l’obtention de l’agrégation en 1938.

Dès ses années d’études à Paris, Albert Soboul milite en faveur du front populaire contre le fascisme international, et adhère au PCF auquel il est resté fidèle jusqu’à sa mort. Il consacre son mémoire d’études supérieures aux idées politiques de Saint-Just, publié à la veille de la guerre. Mobilisé en 1940, il s’engage ensuite très vite dans les premières formes d’organisation de la résistance, ce qui lui vaut de perdre son emploi de professeur en août 1942. Après la guerre, il reprend du service dans l’enseignement secondaire, puis entre au CNRS en 1950 et devient docteur d’Etat en 1958. Il enseigne ensuite au lycée Henri IV jusqu’en 1960.

Claude Mazauric livre ici un ouvrage très vivant : on lit par exemple avec intérêt les rapports d’inspection ou les pièces extraites de différents fonds d’archives privés. Ce livre est d’abord une histoire de Soboul comme enseignant, dans le secondaire puis comme professeur à l’Université de Clermont, à partir de 1960, puis à la Sorbonne, à partir de 1967, où il prend pour 15 ans la tête de l’Institut d’Histoire de la Révolution Française. En même temps, cet ouvrage est une histoire des réseaux socio-professionnels dans lesquels Albert Soboul est inséré, notamment de ses maîtres, Lefebvre et Labrousse. Il retrace également son rôle intellectuel au sein du PCF.

Ce livre est aussi, bien sûr, une histoire intellectuelle de Soboul, notamment de son rapport aux différents courants historiographiques, au marxisme, à l’approche des Annales, aux travaux de Lefebvre, Labrousse et Vilar, mais aussi, d’une autre façon, de Braudel et de Furet. Il est encore une histoire de ses disciples. Il est donc une histoire des influences intellectuelles que Soboul a exercées, au travers de son séminaire du samedi après-midi - tenu dans la bibliothèque Lavisse de la Sorbonne à partir de 1970, de l’IHRF et de la Société des Etudes robespierristes.

Claude Mazauric porte également son regard sur l’œuvre de Soboul, estimée y compris quantitativement, appréciée dans ce qu’elle a apporté dans trois domaines essentiels : la compréhension des idéologies, des luttes politiques, des pratiques sociales et des articulations entre socio-culturel et socio-économique ; l’anthropologie et la sociologie historique ; l’usage des sources et la lecture des groupes sociaux. Au total un pareil travail conduit à désirer que de tels exercices soient renouvelés sur d’autres historiens car cela apporte tout à la fois à l’histoire intellectuelle du XXe siècle, à l’histoire de l’Université et à l’historiographie.

Natalie Petiteau
( Mis en ligne le 05/09/2004 )
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