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Les fabricants de chômage
de Bernard Zimmern
Plon 2002 /  19 €- 124.45  ffr.
ISBN : 2-159-1652-7

Spécialités françaises

Bernard Zimmern est narque et polytechnicien. Mais il est surtout le patron de l'entreprise qu'il a cre aux tats-Unis et au Japon. Le contraste entre ces pays et la France l'a amen crer l'IFRAP, reconnue pour la qualit de ses enqutes sur l'administration franaise. Ce livre est le deuxime tome des Profiteurs de l'Etat" vendu 50 000 exemplaires il y a un an. Il dtaille les mcanismes qui psent sur l'emploi et dsigne les organismes et les personnes responsables. Puis il s'appuie sur des comparaisons internationales pour indiquer des solutions et signaler les obstacles leur application.

Aux yeux de l’auteur, la socit franaise est une machine exclure le "petit peuple", sans avoir en contrepartie d’avantages sociaux suprieurs ceux des pays comparables. Les importants prlvements oprs sous prtexte de redistribution vont "ailleurs”, tout en cassant les entreprises qui pourraient employer et intgrer ceux qui sont actuellement exclus, tandis que les responsables politiques ou intellectuels vantent l'action de Etat cense compenser les dgts du march. Nos prlvements s'lvent plus de la moiti de notre revenu national contre 30 % pour les tats-Unis, la Grande-Bretagne et le Japon. Pourtant le chmage est plus important chez nous, surtout chez les jeunes, tandis que les ingalits de revenus sont analogues, et que s'y ajoutent des ingalits statutaires, telles que la stabilit de l'emploi et le montant des retraites des fonctionnaires. Or non seulement nos voisins font mieux, mais nous-mmes tions en bien meilleure situation jusqu'en 1973, date partir de laquelle le peloton nous a laiss sur place.

1973 est justement l’anne o la loi introduit le juge dans la gestion des entreprises, et celle qui prcde l'arrive au pouvoir du prsident Giscard d'Estaing. Ce dernier, contrairement Jean Monnet ou Antoine Pinay, ne connaissait pas l'entreprise et lana "l'enarchisation" des lites politico-conomiques, aujourd’hui gnrale aussi bien gauche qu' droite. Les prlvements obligatoires passent de 35 43 % sous sa prsidence et le chmage s'accrot. Et maintenant, le recrutement du Parlement est tel qu’il n'a aucun intrt changer ce qui est. C'est donc la "socit civile" de ragir, et c'est ce que fait l’iFRAP.

L'auteur analyse ensuite les causes du chmage. partir de 1980, la moiti de l’importante pargne des Franais ne va plus aux fonds propres des entreprises, comme aux Etats-Unis, mais vers les obligations qui financent les dficits publics. Quant au secteur bancaire, il reste largement entre les mains de l'Etat via non seulement les liens rglementaires et l’action des nombreux organismes publics, mais aussi par la fraternit entre les narques du ministre des finances et ceux des organismes financiers publics et privs. Paralllement l'emploi marchand est dtruit au bnfice de celui des administrations et des entreprises nationales, quasi nationales ou trs rcemment et partiellement privatises : tout le secteur de la sant, la SNCF, la RATP, Air-France, les banques, l'ducation, la radio et la tlvision, les agences placement (du monopole de l'ANPE) et mme le cinma par le biais de financement dresponsabilisants. Le march commun a t inoprant face cette monte de l'tatisme, puisqu'elle a t le fait de services non exposs la concurrence extrieure. Le chmage qui en rsulte est illustr par le cas de France Telecom : ds la privatisation partielle et l'autorisation de la concurrence, l'emploi dans l'ensemble du secteur des tlcommunications a explos.

Autre spcialit franaise pingle par Bernard Zimmern : l'agitation gouvernementale cense s'attaquer directement au chmage, incarne par Martine Aubry avec les emplois jeunes et les trente-cinq heures. Mais, malgr le cot extrmement lev de ces mesures, la France a finalement cr moins d'emplois que ses voisins pendant la bonne conjoncture des annes 1997-2000. Les multiples cercles officiels qui analysent I'conomie franaise et notamment les causes du chmage ( commencer par le conseil d'analyse conomique sur lequel s'appuie le premier ministre) sont composs essentiellement d'universitaires utilisant des modles mathmatiques et mcaniques qui refltent leur dformation idologique, alors que dans la ralit, l’conomie est d'abord l'action des entrepreneurs.

Un chapitre spcial est consacr l'INSEE, son cot et son inefficacit dans la collecte des donnes. Les conclusions de ses tudes sont de plus censures par les syndicats lorsqu'elles s'cartent de la ligne tatique. Un autre chapitre reprend les tudes de l'IFRAP sur la direction gnrale ds impts, sa course aux redressements et ses incohrences qui mnent des entreprises la faillite, mme lorsque le redressement a t entre-temps annul (aprs avoir servi illustrer les statistiques de fraude, qui justifient le budget de cette administration - deux fois plus important qu' l'tranger). Un autre chapitre traite du CNRS (deux fois le budget de la justice), modle des autres organismes de recherche publique. Comme pour l'INSEE le cot, l'utilit de la recherche et sa censure par les syndicats donne des rsultats catastrophiques en comparaison de ceux de l’Angleterre par exemple. Un autre intrt de ce chapitre est d'intgrer la rponse du CNRS et l'interview d’un de ses anciens responsables.

Pour le secteur de la sant, la libert de choisir son mdecin, sa clinique ou son hpital et le fait tre rembours par une caisse de scurit sociale "autonome" (gre paritairement par le patronat et les syndicats) cache le fait que l’Etat est partout et prend les dcisions majeures : budget, autorisation des ouvertures ou fermetures d’tablissement, prix des mdicaments, montant des honoraires et tarifs de remboursement. De plus, l'URSSAF est, de fait, une administration encore plus svre que la DGI. Enfin c'est un petit cercle de fonctionnaires qui dcide du nombre des futurs mdecins et infirmires. L'auteur est extrmement pessimiste sur les consquences de cette mainmise et de cette bureaucratisation.

La gestion du chmage par les Etat a trois volets : l'indemnisation des chmeurs (113 milliards de francs en 1995), la formation professionnelle (46) et les "dpenses actives" moins bien connues (150 milliards en 1995). Nous dpensons ainsi 2 10 fois plus pour l'emploi des jeunes que les pays comparables, mais leur chmage reste nanmoins trs suprieur. Ces dpenses sont gaspilles en "effet d'aubaine" pour les entreprises (subventionnant des embauches qui auraient t pratiques toutes faons) et en subventions une kyrielle d'organismes la charge de l'Etat dont l’efficacit est quasi nulle, comme le montre leur analyse dans cette partie du livre. L s'abrite une bonne part des profiteurs directs du chmage. En effet, les profiteurs de Etat ont invent des formules leur permettant d'avoir l’argent sans le risque : les associations massivement subventionnes, qui ont succd aux entreprises nationalises et aux socits d’conomie mixte.

Enfin le monopole de l'ANPE interdit la cration d'une industrie prive du placement qui serait facilement plus efficace. L aussi se trouvent les emplois confortables d'une autre catgorie de profiteurs du chmage, qui, d'aprs les tmoignages rapports dans l'ouvrage justifient leur propre emploi en "bidouillant" les chiffres.

La dernire partie du livre est celle des propositions. Il y a un consensus sur le fait que la diminution du chmage passera par les PME et la cration de TPE. Aux Etats-Unis, cette cration est finance par des particuliers, proches ou "Business Angels" (investisseurs professionnels), et lorsqu'elles grandissent, par les socits de capital-risque. L'Etat amricain intervient un peu via la SBA (administration charge des PME) et surtout par des dispositions fiscales qui encouragent les crations d'entreprises par les "Angels". En France, c'est presque l’inverse, il y a mme des incitations fiscales poussant les capitaux privs vers les rsidences secondaires et les oeuvres d'art.

Alors, que faire ? Bernard Zimmern prconise un tat fort, mais qui cesse de paralyser la socit au bnfice d'une oligarchie qui se justifie par l'antiamricanisme. Comment y arriver ? La socit civile doit s'organiser et peser sur le Parlement. L'ouvrage prsente les associations dj actives dans ce domaine, qu’il recommande d’appuyer.

Yves Montenay
( Mis en ligne le 20/02/2002 )
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