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Quand les mouettes nous volent dans les plumes... - Petits dialogues de plage
de Françoise Dorin et Jean Piat
Plon 2008 /  13.50 €- 88.43  ffr. / 157 pages
ISBN : 978-2-259-20862-8
FORMAT : 13,0cm x 15,0cm

En rase-motte, sous le soleil

Heureusement sans prétention, cet opus fait partie de ce qu'on appelle la «littérature de plage», avec les connotations un peu légères – voire totalement superficielles et frivoles – que cela suppose, bien loin des hauteurs de vue d'un Jonathan Livingstone ; peut-être serait-il irrévérencieux d'avancer que les mouettes dont on suit les digressions ressembleraient plutôt à ces oiseaux dont les cris nasillards retentissent au dessus des bennes à ordure à Nice, ou ailleurs sur la côte d'Azur ; il n'est cependant pas dit que cela soit entièrement faux.

Au cours d'une assemblée générale convoquée par ces volatiles et tenant lieu d'introduction, les auteurs ne trompent pas leur monde, mêlant habilement dans le bec des participants clichés sur la «libération de la femme» avec ses implications lexicales et références plus ou moins discrètes et subtilement grivoises à Aristophane, donnant ainsi une idée relativement précise de ce que sera la suite de l'ouvrage. On y voit en effet les mouettes mâles revendiquer le retour à la dénomination, correcte et satisfaisante pour toutes et tous, de mouet et mouette, selon le sexe de l'individu (doit-on dire?) concerné, et la fin de la dictature féministe ; la forme prise, c'est-à-dire celle d'un dialogue entre un mouet et une mouette, rend possible l'échange de lieux communs un peu rafraîchis par des métaphores animalières et supposément allégés par un recours à l'humour systématique.

Toutes les tendances y sont déclinées, de celle «les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus» à celle de l'avènement d'un monde métrosexuel, en passant par l'approche Sex and the City et la théorie Bridget Jones, l'humanité se partageant en deux clans, différenciés par leur vingt-troisième paire de chromosomes, et en une multitude d'espèces, caractérisées principalement par leur maillot de bain. Le mouet et la mouette partagent donc les réflexions que leur inspirent la diversité des humains qui se donnent en spectacle sur la plage.

Comme cela pourrait, éventuellement, être amené à tourner en rond et, encore plus hypothétiquement, à lasser, l'échange aérien est interrompu, avec une fréquence accrue au fur et à mesure que se tournent les pages, par des passages retranscrivant à ce qui parvient aux oreilles des tourtereaux de certaines conversations entre bronzeuses invétérées. Cela donne surtout l'occasion à Françoise Dorin et Jean Piat d'aborder des sujets différents comme les incompréhensions entre écrivains et lecteurs, et d'échapper à ce qu'il y avait de contraignant dans la présentation qu'ils avaient choisie.

N'apportant aucune contribution majeure à l'analyse des moeurs humaines et des mystères qu'elles recèlent malgré l'originalité revendiquée du point de vue (ce en quoi l'ouvrage ne se différencie pas de l'immense majorité des publications, et de toutes façons on peut avoir des doutes dès le départ sur la capacité des mouettes, fussent-elles douées de parole, à faire progresser la philosophie et l'anthropologie), Quand les mouettes nous volent dans les plumes... n'a très probablement - ce dont il convient de se réjouir pour ses auteurs - que l'ambition de distraire, peut-être même de faire rire ; objectif qui sera atteint chez le lecteur de bonne composition dont l'entourage serait, lui, suffisamment morose pour que les plaisanteries lui paraissent neuves.

Quoique la plaisanterie principale soit certainement la parution du livre elle-même, sans doute envisagée par les deux auteurs prolifiques comme une manière de se divertir ; et s'ils ont réussi à s'amuser, l'ouvrage n'est pas suffisamment long et prétentieux – en dépit de quelques efforts ponctuels dans cette direction, il faut bien avouer – pour qu'on leur en tienne trop rigueur. On se contentera d'offrir les dialogues en question au cousin qui n'aime pas lire et s'ennuie toujours à l'abri du parasol pendant que sa femme prend le soleil et ses enfants construisent des châteaux de sable ; il aimera sûrement beaucoup.

Aurore Lesage
( Mis en ligne le 14/07/2008 )
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