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Essais & documentset People / Spectacles  

Ailleurs
de Gérard Depardieu
Le Cherche Midi 2020 /  19 €- 124.45  ffr. / 214 pages
ISBN : 978-2-7491-6355-0
FORMAT : 13,6 cm × 20,6 cm

L’acteur rebelle

. «La merde, ça peut aussi servir à ça. A nourrir le sublime. (...) Il faut juste savoir ne pas rester planté les deux pieds dans son seau de merde».

Après Innocent et Monstre, Ailleurs prolonge les réflexions de Gérard Depardieu (né en 1948) sur le monde contemporain. Toujours sur le mode narratif du long poème en prose post-surréaliste (!), plus ou moins improvisé, l’acteur à l’oreillette (il avoue jouer ses rôles muni d’une oreillette dans laquelle un assistant lui souffle le texte) revient aux origines, un récit qu’il a développé dans Ça s'est fait comme ça, texte plus structuré qui évoquait de belle manière son enfance puis son parcours d’acteur ; à savoir, le fait qu’il a échappé à la mort dans le ventre de sa mère qui, pour éviter la naissance de l’enfant, s’était mutilée au moyen d’aiguilles à tricoter. Puissant et robuste dans la vie, il le fut prématurément dans le placenta mais ces choses-là marquent un homme, 70 ans après.

Restent des considérations qui vont du propos pertinent, juste, vrai, à la méconnaissance, à la réaction, voire ponctuellement à la bêtise. Gérard n’est ni philosophe, ni sociologue, et reste trop véhément sur des sujets qui ne peuvent se contenir sur une demi-page. La mesure n’est pas son fort et l’écrivain se veut pamphlétaire ! On le comprend car il y a lieu de s’énerver en 2020…

L’acteur souhaite que le lecteur voyage (il a de la chance car le citoyen lambda ne peut pas partir du jour au lendemain en Algérie ou au Kurdistan pour méditer et rencontrer des hommes vrais. Il doit en règle générale se coltiner métro, collègues et souvent des tâches abrutissantes). Voyager pour aiguiser son esprit critique et revenir à l’essentiel : la vraie vie, le contact humain, la contemplation de la nature, l’authenticité, valeur si chère à Richard Millet. Certes, Gérard est critique sur la modernité, la technique (il se moque ouvertement des consuméristes aux yeux rivés sur leur iPhone), la politique occidentale, la planète polluée, parfois tout en rage rhétorique, ce qui peut plaire. Mais cela ne suffit pas et ce quatrième opus déçoit car il est trop brutal, pas assez réfléchi, voire parfois assez décousu.

Depardieu est meilleur dans ses souvenirs (ici, l’enfance), les anecdotes de tournage, les rencontres avec les grands artistes de son temps : Pialat, Barbara, Duras avec lesquels il a beaucoup travaillé. Mais ces passages sont rares ici car il préfère critiquer le système de manière spartiate et hurler sa colère d’éternel insoumis. Au bout de quelques pages, le lecteur se lasse car il n’y a plus d’incarnation véritable et de sagesse d’esprit.

Restent une incroyable anecdote sur Le Colonel Chabert, une vision totalement réfractaire vis-à-vis des puissants, quelques raccourcis historiques somptueux, et pour finir un peu de bien-pensance quand même (show-biz oblige !).

Simon Anger
( Mis en ligne le 16/11/2020 )
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