L'actualité du livre
Documentaireset Culturel  


Le cinéaste sur ses terres
de Raymond Depardon
Arte Vidéo 2006 /  3.82 € - 25 ffr.
Classification : Tous publics
Sortie Cinma, Pays : 2004, France
Version : DVD 9, Pal, toutes zones
Format vido : Couleur
Format image : Ecran 16/9 compatible 4/3
Format audio : Dolby Digital Stro

DVD 1
LApproche (1h33min)
Squences commentes par Raymond Depardon

DVD 2
Le Quotidien (1h25min)
Les Annes dclic (1h10min)
- Quoi de neuf au Garet ?
- Squences commentes par Raymond Depardon
- Interview de Claudine Nougaret
- Claude Coutard rend visite jean Mellier, squence indite


Que ceux qui attendent une rflexion informative sur les transformations du monde paysan passent leur chemin, les profils promis par le titre sont tout fait dpourvus de la dimension sociologique quils voquent. Plus que de profils, il sagit ici de portraits, de fragments de vies et dimages dagriculteurs ; cest dans les habits du mmorialiste, non dans ceux de lobservateur, que se glisse Depardon. Ces deux films fonctionnent en effet sur un canevas dont la simplicit finit par paratre tmraire force de dpouillement.

Accompagn dune quipe rduite, le ralisateur est all visiter des fermes en Haute-Loire, Ardche, Lozre, et filmer leurs occupants dans leur vie quotidienne. Des rencontres ont lieu, certaines se poursuivent, finissent par gnrer une certaine confiance, puis de la complicit, avec par exemple un vieux berger taiseux et protestant, un jeune couple frachement diplm un qute dexploitation reprendre, des agriculteurs quarantenaires et clibataires qui travaillent du soir au matin Tous ces gens vont finir par accepter ce drle de parisien cinaste, la fois indiscret et pudique, intrusif mais intimid, et se laisser filmer tels quils sont : natures.

Le premier film, LApproche, montre, si lon peut dire, cette prise de contact, alors que le second Le Quotidien, tente daller plus loin et douvrir le dialogue. Le verbe montrer mrite quon sy arrte tant lentreprise est ambigu, voire inconsciemment contradictoire : la camra et le cadreur seffacent avec une grande modestie, au point de se faire oublier devant ce quoi ils assistent ; en mme temps, on peut difficilement dire montrer devant ces fragments pars de vies, films en plans fixes au ras des tables de cuisine, enregistrant de longues conversations incomprhensibles en patois, des personnages hors champ, des bribes dengueulades dont on ne comprend ni le sujet ni le contexte, des intrusions de personnages dont on ne connat ni lidentit ni le rle, de brves apparitions tout aussi elliptiques, dautres quon ne reverra plus On est aux antipodes de lexplication de situations ; cest uniquement voir qui intresse la camra contemplative de Depardon, voir des dgaines, des manires de bouger, des manires de sadresser la parole - ou de ne rien dire ! -, donner voir un temps et un rythme hors du temps, sans explication ni commentaire, sans mme la volont douvrir sur la connaissance dun monde inconnu. Cest dailleurs l que lentreprise rvle son motif cach en mme temps que sa limite : Depardon est lui-mme fils de paysan, de son propre aveu culpabilis dtre parti, mont Paris, devenu photographe et cinaste

Il revient ici ses racines avec infiniment de respect et de sincrit, mais aussi avec une motion informule qui le porte se laisser subjuguer par son objet, comme sil suffisait denregistrer en vrac lieux, gestes et visages pour se rapprocher de ses hros et faire uvre de tmoignage. Il y a des scnes poignantes dans Profils paysans, comme lenterrement, la fin du premier film, de Louis Brs, le vieux paysan quon a appris connatre ; cette conversation sur le clibat, dans une grange o lon bat le foin ; o encore la dernire promenade dune femme de 80 ans, belle malgr le tremblement incessant de ses mains, devant sa ferme bientt vide. Mais cet hommage la vie paysanne et ceux qui la font (il faut voir cette interview, dans la plus pure esthtique populaire, dun agriculteur en pieds cot de son tracteur !) souffre dune absence de ligne directrice et dun montage pour tout dire assez nigmatique.

Compensant heureusement cette faiblesse, les bonus de squences commentes par le cinaste, pleines dincidentes sur la technique et le travail du documentariste, savrent passionnants et donnent un clairage vritablement enrichissant sur la ralisation du film.

Jean-Baptiste Perret
( Mis en ligne le 07/03/2006 )
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