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Films  ->  Drame  
Un maître oublié
de Mikio Naruse
avec Setsuko Hara, Ken Uehara, Hideko Takamine, Masayuki Mori
Wild Side Video 2006 /  49.99  € - 327.43 ffr.
Durée film 330 mn.
Classification : Tous publics

Sortie Cinéma, Pays : 1951/1955/1958 , Japon
Titre original : Meshi/Ukigumo/Iwashi-gumo

Version : 4 DVD 9/Zone 2
Format vidéo : 16/9e compatible 4/3
Format image : 1.33 (noir et blanc)
Format audio : Japonais (Dolby Dogital Mono 2.0)
Sous-titres : Français

Bonus :
- A propos de Mikio Naruse : entretiens avec Murakawa Hide, Jean Narboni et Bernard Eisenchitz (67 mn)
- L'oeil du maître : documentaire sur Masao Tamai, le chef-opérateur et cameraman attitré de Naruse, présenté par le réalisateur Hisashi Sato (26 mn)
- Fumiko Hayashi, chronique d'un vagabondage : entretien autour de la romancière avec Corinne Atlan, traductrice
- Entretien avec Tero Ishii (assistant-réalisateur de Naruse), présenté par Bernard Eisenschitz (5 mn)

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Restées trop longtemps méconnues du public occidental, nombre d’oeuvres réalisées par les grands maîtres du cinéma japonais classiques deviennent progressivement accessibles en France grâce au support DVD. En effet, après le remarquable coffret Tomu Uchida, les éditions Wild Side Vidéo proposent de découvrir trois films exemplaires de Mikio Naruse – sans doute le grand cinéaste nippon qui a le plus souffert de l’injustice de l’oubli. Une rétrospective de 37 de ses 89 créations, à la Cinémathèque française en 2001, a enclenché, auprès des cinéphiles, le processus de reconnaissance. La sortie de trois longs métrages dans la collection «Les Introuvables» constitue un véritable événement en ce sens qu’elle permet enfin d’étendre cette juste consécration.

Comme celles de Mizoguchi, d’Ozu, d’Uchida et de Kurosawa, la vie de Mikio Naruse (1905-1969) épouse les grandes périodes de l’histoire du cinéma japonais. Issu d’une famille modeste, orphelin très jeune, il quitte l’école à 15 ans et intègre la société de production Shochiku comme accessoiriste. Il se familiarise avec le cinéma européen tout en cultivant son goût pour la littérature japonaise. En 1926, il travaille comme assistant réalisateur aux côtés de Heinosuke Gosho, qui réalisera en 1931 le premier film parlant au Japon, Madame et ma voisine. En 1930, Naruse tourne son premier long métrage, La Force de l’amour. Sois un grand homme ! et Un printemps mité lui apportent la notoriété en 1932. Dès lors, il réalise de nombreux films – 22 muets de 1930 à 1934 – en passant de la comédie au mélodrame, et rentre à la Toho en 1935. Ces premières œuvres se caractérisent par leur ton comique, voire burlesque, et révèlent une vision relativement optimiste de la vie. Ma femme, sois comme une rose (1935) est élu meilleur film de l’année au Japon. Cependant, le contexte politique entrave peu à peu la carrière de Naruse pendant la guerre. Les difficultés s’accumulent et infléchissent le regard porté par le cinéaste sur l’humanité. Son union malheureuse avec l’actrice Sachiko achève de le plonger dans une profonde dépression. Au cours de l’après-guerre, Naruse se spécialise dans le genre populaire du «shomin-geki» ou mélodrame sentimental en adaptant des œuvres littéraires, en particulier de la femme-écrivain Fumiko Hayashi. Sans prendre directement pour sujet des événements historiques concrets, ses films offrent avec subtilité une exploration sociale, psychologique et morale de l’archipel nippon durant l’occupation américaine. Naruse développe désormais une vision douce-amère du monde et témoigne des douloureuses mutations que traverse son pays à partir de la crise qui frappe la cellule familiale traditionnelle.

Les trois films du coffret appartiennent précisément à cette période, les années cinquante, que Max Tessier a qualifié de «second âge d’or du cinéma japonais» (Le Cinéma japonais, Nathan Université, collection 128, 1997). Drames consacrés aux petites gens, ils sont emblématiques du cinéma humaniste de Naruse, marqué par une esthétique sans grandiloquence et tout en nuances, et par la thématique du couple confronté aux bouleversements de tous ordres qui frappent le Japon après la défaite de 1945. Ces oeuvres ont, de surcroît, le mérite de dévoiler l’originalité du style de Naruse dont l’univers a souvent été comparé à celui d’Ozu.

Adapté d’une oeuvre de Fumiko Hayashi, Le Repas (Meshi, 1951) est le film qui marqua la renaissance du réalisateur après la guerre. Mariés depuis cinq ans, Michiyo et Hatsunosuke forment un couple désabusé et fragilisé par la monotonie de leur vie dans un quartier d’Osaka. La visite inattendue de Satoko, une nièce de vingt ans, insouciante et égoïste, va servir de catalyseur à la crise de leur union. Aubaine ou menace, l’intrusion de la jeune fille ébranle leur triste quotidien et provoque de nombreuses remises en questions…

Nuages flottants (Ukigumo, 1955) est le mélodrame le plus connu de Naruse qui y dirige à merveille son actrice-fétiche, Hideko Takamine. Durant l’hiver 1946, la jeune Yukiko est rapatriée d’Indochine française, un an après la défaite du Japon. A Tôkyô, elle retrouve Tomioka avec qui elle a eu une liaison torride pendant la guerre. Mais son amant rompt sa promesse : les temps ont changé, il ne peut plus quitter sa femme. Seule au monde, Yukiko survit au chaos de l’époque sans renoncer à son amour pour Tomioka…

Nuages d’été (Iwashigumo, 1958) est le premier film que Naruse tourna en Cinémascope et en couleurs. Le journaliste Okawa enquête sur les tragiques répercussions dans les campagnes de la réforme agraire initiée des années auparavant par l’occupant américain. Il rencontre Yaé, veuve de guerre, dans la banlieue rurale de Tôkyô. Elle lui raconte l’histoire de sa famille dépossédée par la réforme, et de son frère Wasuké qui tente désespérément de retenir ses fils sur ses derniers lopins de terre…

Dès les premiers plans, le spectateur est frappé par la singularité du cinéma de Naruse : une beauté modeste et comme effacée ; une émotion qui se veut discrète ; une sensibilité en demi-teintes aux frémissements de la vie ; une lumière proche d’une grise uniformité ; une musicalité du récit de faible intensité. Pudeur et retenue sont les maîtres mots de l’art du cinéaste japonais. Comme le souligne Jean Narboni dans sa récente et admirable étude (Mikio Naruse, Les temps incertains, Cahiers du cinéma, 2006) : «“Naturel” est en effet le mot qui revient le plus souvent quand il est question de Naruse». C’est comme si ses oeuvres relevaient d’une secrète alchimie échappant à l’analyse et renvoyaient à une simplicité de style dont l’évidence se passerait de mots. Mais cette sobriété d’écriture et de direction d’acteurs ne conduisent pas Naruse, contrairement à Ozu, à renoncer aux figures stylistiques de base de la grammaire cinématographique : ainsi, les mouvements de caméra, les gros plans et les étonnants flash-back participent pleinement à la création de l’univers narusien.

Cette esthétique de la discrétion épouse une ambition qui dépasse largement le cadre du mélodrame social et psychologique : il s’agit, en réalité, de représenter la confusion des sentiments de personnages vulnérables livrés aux affres de la décision. Le Repas s’ouvre par une citation de l’écrivain Fumiko Hayashi qui éclaire les enjeux du cinéma de Mikio Naruse : «J’aime à la folie l’être humain et sa vaine agitation dans l’immensité de l’univers». Les trois œuvres du coffret trouvent, de fait, leur saisissante cohérence dans une approche éminemment moderne de l’humanité. Cette quête subtile de l’humain est centrée sur l’intimité familiale, et la structure narrative, déployée sur un tempo étonnamment régulier – «l’andante», écrit J. Narboni, est à chaque fois la même : un tiers fait irruption dans la vie d’un couple ou d’un personnage (l’arrivée de Satoko chez Michiyo et Hatsunosuke dans Le Repas ; le retour de Yukiko auprès de Tomioka dans Nuages flottants ; le journaliste Okawa qui interroge Yaé dans Nuages d’été) et fait vaciller les certitudes des uns et des autres.

La rencontre de l’altérité est vécue comme un choc qui met en crise les êtres désormais appelés à vivre dans l’incertitude. La «modernité» de l’art de Naruse est celle du cinéma européen d’après-guerre, et les interrogations existentielles de ses protagonistes sont proches des créatures tchékhoviennes de Dreyer, de Bergman et d’Antonioni des années cinquante. Dans cette perspective, la femme occupe une place extraordinaire dans les films du réalisateur nippon : malgré les incessantes épreuves, la conscience désenchantée de la médiocrité du monde et la certitude douloureuse des désillusions, les figures féminines narusiennes conservent une force vitale exceptionnelle qui les grandit dans leur déchéance même. Dans Nuages flottants, Hideko Takamine incarne de façon bouleversante cette combativité de survivant, et le tragique parcours de son personnage est l’histoire inoubliable d’un amour fou. Setsuko Hara illumine de son doux visage Le Repas dans lequel elle excelle à exprimer la fragilité de l’épouse indécise qui, pourtant, ne s’abandonne pas au désespoir. L’ouverture des gouffres ne supprime pas l’impératif de vivre.

Attentif aux bruissements contradictoires de la vie et sensible au temps comme ce qui ne cesse de passer et de changer imperceptiblement les hommes et le monde, Mikio Naruse apparaît comme un cinéaste du mal-être caractéristique des «temps incertains» qui ont succédé à la décomposition des valeurs traditionnelles. Toutefois, ces chroniques d’existences ordinaires confrontées à des crises émotionnelles ambivalentes ne font pas de Naruse un auteur purement intemporel qui ignorerait le Japon de son époque. Cette question de la présence circonspecte de l’Histoire est essentielle pour percevoir la puissance unique des oeuvres du réalisateur. Si aucune détermination univoque ou cause simple ne suffit à expliquer la variation des sentiments et les revirements des personnages, ces derniers n’évoluent pas dans un univers désincarné, mais vivent au sein de la société japonaise de l’après-guerre. La crise économique, le chômage, la pauvreté, la modernisation urbaine, l’exode rural, l’américanisation des moeurs sont clairement montrés. En témoignent, dans Nuages d’été, les nombreuses séquences qui soulignent les résultats de la réforme agraire impulsée par les Américains. Seulement, la guerre et la défaite ont définitivement enterré les espoirs du cinéaste dans les idéaux politiques collectifs. C’est pourquoi, les événements historiques, bien présents, restent à l’arrière-plan et servent de cadre au drame humain qui intéresse principalement Naruse. Ses personnages se débattent seuls au coeur des tensions entre la tradition et la modernité, et c’est leur destin particulier qui nous émeut et nous renvoie à nos propres doutes.

Le cinéma de Mikio Naruse amorçant à peine son arrachement à l’oubli auprès du grand public, les éditions Wild Side Vidéo ont judicieusement choisi d’accompagner les trois films d’un quatrième DVD qui offre des bonus fort éclairants. Les entretiens avec Murakawa Hide (critique et professeur de cinéma à Tôkyô), Jean Narboni, Bernard Eisenchitz et Tero Ishii (assistant-réalisateur de Naruse) permettent d’approfondir notre connaissance de l’un des grands maîtres nippons du septième art. Espérons que ce coffret soit la magnifique enseigne d’une reconnaissance féconde de nouvelles sorties en DVD.


Sylvain Roux
( Mis en ligne le 26/10/2006 )
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