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Au début était le Verbe
Eric Pessan   L'Effacement du monde
La Différence 2001 /  14.96 € - 97.99 ffr. / 144 pages
ISBN : 2 7291 1359 2
FORMAT : 13x20
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Ce n'est au début qu'un incident banal, un petit dysfonctionnement dont chacun a déjà fait l'expérience : le "mot sur le bout de la langue" qui se tient là, prêt à être prononcé, mais nous échappe, obstinément, jusqu'à resurgir à l'improviste, au moment où l'on s'y attend le moins. Ironie du sort, c'est sur "dictionnaire" que le protagoniste de ce roman bute, lors d'une discussion entre amis.

Mais, très vite, la situation s'aggrave : jour après jour, ce sont des pans entiers de lexique qui sombrent dans l'oubli - non que le personnage ne s'en souvienne pas ; c'est plutôt le monde autour de lui qui semble avoir adopté, à son insu, une langue inconnue. Les phrases saisies dans la rue, lues dans la presse, entendues à la télé, ne forment plus qu'un tourbillon de sons et de signes sans aucun rapport avec les mots qu'il avait l'habitude d'utiliser.
Face à ce "glissement" inéluctable, le personnage adopte une attitude de défense, camouflant son silence en extinction de voix. Mais lorsqu'on est père d'une petite fille dégourdie et époux d'une professeur (de lettres), sauver les apparences relève du tour de force...

Le postulat de ce premier roman place d'emblée l'auteur dans une position délicate : comment écrire sur la perte de rapport au langage ? Comme Gogol, par la syntaxe chaotique du Journal d'un fou ? Comme Tardieu, en remplaçant un mot par un autre ? Comme Michaux, en échaufadant des néologismes poétiques ? A la manière de ces romans à la première personne dont le narrateur est en réalité mort, Eric Pessan choisit de ne pas s'apesantir sur cette incohérence de départ ; et, au final, l'inaltération stylistique du récit sert plutôt son propos, plaçant le personnage aux frontières de la paranoïa, dans un discours en apparence irréprochable.

Ce n'est donc pas ce postulat qui, au fil des pages, gêne la lecture. Plus simplement, c'est l'extrême application du style, le balancement ronronnant des phrases, la préciosité un peu scolaire de certaines formulations (avec un penchant marqué pour les adjectifs antéposés et la paraphrase : chaque idée est répétée deux ou trois fois, si possible de façon ronflante).

Forcément enfermé dans un discours analytique, l'auteur ne parvient pas à tenir la distance du roman, et l'on cherche en vain une évolution dramatique. Tout est dit, finalement, dans les vingt premières pages. Le reste est une succession de gloses plus ou moins heureuses, émaillées d'un certain nombre de clichés - ainsi, le fameux mot-qui-perd-son-sens-et-se-réduit-à-un-pur-jeu-de-sonorités-lorsqu'on-le-répète.

La conclusion, qui ose plus franchement la prose poétique, est, à tout prendre, plus convaincante. Souhaitons à Eric Pessan un prochain roman qui soit davantage qu'une idée de roman.


Pierre Brévignon
( Mis en ligne le 16/11/2001 )
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